BFMTV

Le masque, anti-virus... et anti-allergie?

-

- - WikimediaCommons

Et si le port du masque avait une double utilité? C’est ce que pense la Fédération française d’allergologie (FFAL). Cette association, qui regroupe toutes les structures représentatives du monde de l’allergie, le recommande à ses patients en cette période de pics polliniques, et pas seulement.

Si la carte de l’épidémie de Sars-Cov-2 est quasiment toute verte, celle des pollens de graminées, comme le gazon, affiche un rouge écarlate. Le risque d’allergie est jugé "très élevé" dans toute la métropole, à l’exception d’une quinzaine de départements.

Le docteur Patrick Rufin, médecin allergologue à Paris, nous accorde quelques minutes, entre deux coups de fil et une consultation:

"Cela n’arrête pas. Je reçois une dizaine d’appels d’urgence par jour, de patients qui ne savent plus quoi faire. J’en ai encore eu un il y a une demi-heure. Dans ce cas, je livre une liste de conseils".

"Nouvelle culture du masque"

Premier conseil, qui lui aurait paru délirant il y a encore quelques mois, "porter un masque lorsque vous êtes à l’extérieur".

"Il faut mettre à profit cette culture nouvelle du masque", confirme le professeur Frédéric de Blay, président de la Fédération française d’allergologie.
"L’idée est de dire 'ne portez pas systématiquement le masque', mais 'adoptez-le dans certaines circonstances': dehors quand vous tondez le gazon, quand vous allez jardiner plusieurs heures, si vous avez décidé de vous promener à la campagne car il y a des risques plus importants d’être gêné", poursuit celui qui est également chef de pôle de pathologies thoraciques aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg.

"Les particules de virus filtrées par un masque mesurent entre 3 et 5 microns ; le pollen c’est entre 15 et 30 microns donc aucun souci de filtration avec un masque aux normes", détaille le professeur de Blay.

"30% des Français allergiques"

Le conseil est d’autant plus valable que le risque d’allergie explose cette année, comme l’explique Patrick Rufin:

"C’est une conjonction de facteurs: il y a d’abord eu un hiver doux, sans période de grand froid, puis un printemps chaud, avec très peu de pluie, ce qui fait que l’air n’est pas nettoyé et que les pollens restent en suspension dans l’air. Ajoutez à cela le confinement, pendant lequel les parcs, jardins et forêts n’ont pas été entretenus, avec des herbes non coupées: vous obtenez un cocktail explosif pour les pollens".

Un cocktail explosif pour les pollens, et pour des millions de Français:

"30% des Français nés après 1980 sont cliniquement allergiques: soit rhinite, soit conjonctivite, soit asthme, soit allergie alimentaire", estime Frédéric de Blay. Parmi ces allergiques, 30% le sont aux pollens de graminées, une famille de plante qui est de la nature du gazon. Il aimerait que le masque, qui vient d’entrer dans le quotidien des Français deviennent, à l’instar des pays asiatiques, "une solution à envisager sur le long terme".

"Se rincer les cheveux et la barbe, des pièges à pollens"

"Il pourrait être intéressant que les asthmatiques pensent aussi à porter un masque à l’automne, lorsque la grippe ou les virus respiratoires referont surface… pour leur éviter des complications. Car si les études montrent que les asthmatiques ne sont pas des sujets à risque face au Sars-Cov-2 à l’exception des malades sévères, ce n’est pas le cas face à la grippe par exemple", développe le spécialiste.

En attendant l’automne, et en plus du port du masque, le docteur Rufin conseille notamment de "prendre une douche ou se rincer les cheveux et la barbe, des pièges à pollens", lorsque l’on rentre chez soi. Il recommande aussi à ses patients les plus gênés d’éviter "les pique-niques en plein air quand il fait chaud et qu’il y a du vent, le jardinage en pleine journée, le séchage du linge dehors à la campagne, et la pratique sport en extérieur en présence d’un pic de pollens pour ne pas augmenter sa ventilation".