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IVG et confinement: le Planning familial craint une hausse des demandes hors délai

Une femme tient une pancarte "Droit à l'avortement pour toutes les femmes", le 8 mars 2018 lors d'une manifestation à Marseille (photo d'illustration)

Une femme tient une pancarte "Droit à l'avortement pour toutes les femmes", le 8 mars 2018 lors d'une manifestation à Marseille (photo d'illustration) - Bertrand Langlois-AFP

Vente de tests de grossesse en hausse, explosion des appels concernant les interruptions volontaires de grossesse pendant le confinement: le Planning familial craint que de nombreuses femmes ne se retrouvent hors délai pour avorter.

Alors que la vente de tests de grossesse a bondi de 37% pendant le confinement et que le nombre d'appels au Planning familial concernant des demandes pour des interruptions volontaires de grossesse (IVG) a augmenté de 58%, faut-il s'attendre à une hausse des avortements?

En 2018, un peu plus de 209.000 femmes ont pratiqué une IVG en France, selon les données de l'Ined. Un nombre relativement stable depuis une dizaine d'années. Mais durant le confinement, plusieurs associations, comme le Planning familial, ont dénoncé le difficile accès des femmes aux centres qui pratiquent l'IVG, certains refusant de les prendre en charge. 

Si l'Agence régionale de santé (ARS) de Bourgogne-Franche-Comté n'a pas observé de hausse des IVG post-confinement - "l'organisation régionale a permis d'orienter les demandes auprès des acteurs libéraux, sages-femmes et gynécologues obstétriciens", indique-t-on à BFMTV.com - celle d'Île-de-France redoute cependant une baisse entre mi-mars et mi-mai "en raison des difficultés d’accès aux soins (blocs fermés, activités orientées sur d’autres priorités sanitaires), des réticences des femmes à consulter (peur de se contaminer dans une structure de soins) et des difficultés à se déplacer (confinement, notamment des mineures)", assure-t-on à BFMTV.com. Mais les données des mois d’avril et mai ne sont pas encore disponibles, ce que confirme l'Assurance maladie.

Explosion de 150% des appels hors délai

Le Planning familial, qui écoute et conseille les femmes au numéro vert "sexualités, contraception, IVG" (0800 08 11 11), a ainsi enregistré une hausse de 150% des appels pour des demandes d'IVG hors délai dans les quinze jours qui ont suivi le déconfinement. C'est-à-dire au-delà de la 12e semaine de grossesse ou quatorze semaines après le début des dernières règles, comme le rappelle le site Service public.

"Le problème, c'est qu'il y a eu une baisse des IVG pendant le confinement, s'inquiète pour BFMTV.com Sarah Durocher, la co-présidente du Planning familial. Les associations et les professionnels de santé se sont mobilisés et ont obtenu une augmentation du délai pour pratiquer une IVG mais la loi n'est pas appliquée partout de la même manière. Certains médecins et certains centres refusent toujours."

Durant la crise du covid-19, l'IVG médicamenteuse, à domicile, a en effet été prolongée jusqu'à la fin de la 7e semaine de grossesse, soit neuf semaines après la date des dernières règles. L'allongement temporaire des délais d'IVG instrumentale (ou chirurgicale) de douze à quatorze semaines pendant la durée de la crise sanitaire du coronavirus a quant à lui été rejeté par le Sénat.

Des IVG à l'étranger

Chaque année, on estime que 4000 à 5000 Françaises s'orientent vers l'étranger pour pratiquer un avortement. Notamment aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, où le délai légal est de vingt-quatre semaines de grossesse. Si certaines de ces femmes hors délai peuvent ainsi se tourner vers un pays voisin, Sarah Durocher craint que d'autres ne le puissent pas et se mettent en danger.

"Pour une IVG à l'étranger, il faut compter entre 700 et 3000 euros entre les frais de déplacement et de santé. De nombreuses femmes n'en ont évidemment pas les moyens financiers. Ce qui signifie qu'elles vont subir une grossesse non désirée ou tout faire et risquer leur santé pour la stopper à tout prix."

Pourtant, la co-présidente du Planning familial assure qu'il existe une solution de dernier recours. "Souvent, les femmes ne le savent pas et les médecins ne leur en parlent pas toujours, mais l'interruption médicale de grossesse (IMG) peut aussi être effectuée à la demande des femmes", poursuit Sarah Durocher. 

Une IMG à la demande de la patiente?

Une IMG peut être réalisée à tout moment et jusqu'au terme de la grossesse lorsque la santé de la femme enceinte ou du fœtus est en jeu. "Décidée par les parents ou par la femme enceinte seule, sa réalisation nécessite une attestation médicale", rappelle l'Assurance maladie. Et la demande est soumise à une équipe pluridisciplinaire.

"Sur les 7000 IMG pratiquées en 2012, seules 300 ont été réalisées à la demande de la femme, indique Sarah Durocher. Cela peut notamment concerner une femme enceinte après avoir été victime d'un viol. Mais quoi qu'il en soit, il faut bien comprendre que subir une grossesse non voulue reste une violence terrible."

Le Planning familial assure soutenir et accompagner certaines de ces femmes dans cette situation. "Mais il faut savoir que c'est un parcours assez lourd, ajoute sa co-présidente. Et il arrive que ce ne soit pas accepté." 

Céline Hussonnois-Alaya