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En Guyane, des élus refusent un essai thérapeutique contre le coronavirus

La Guyane pourrait être reconfinée.

La Guyane pourrait être reconfinée. - AFP

Plusieurs élus ont refusé qu'un essai thérapeutique contre le Covid-19 soit testé dans ce département français où les mesures de restriction ont été renforcées en raison de la reprise de l'épidémie.

Le président de la collectivité territoriale de Guyane, Rodolphe Alexandre, et les deux sénateurs LaREM de ce territoire ont "exigé" mardi que l'essai thérapeutique mené par le professeur Karine Lacombe, consistant à injecter à des patients souffrant du Covid-19 le plasma de patients guéris, "n'ait pas lieu en Guyane".

"Nous avons exigé que la mission du professeur Lacombe n'ait pas lieu en Guyane. Elle n'est pas la bienvenue et nous avons demandé au préfet de prendre toutes les dispositions pour qu'elle ne soit pas accueillie en Guyane", a expliqué Rodolphe Alexandre, entouré des sénateurs Georges Patient et Antoine Karam, dans une vidéo diffusée à l'issue d'un rendez-vous avec le préfet et la directrice de l'Agence régionale de santé (ARS) lundi soir (mardi matin à Paris).

"D'où vient cette idée unilatérale?"

Le projet d'étendre à la Guyane et à Mayotte cet essai thérapeutique, déjà en cours en métropole, a été annoncé le 25 juin par Karine Lacombe au cours d'une audition à l'Assemblée nationale, mais cette initiative suscite de vives oppositions en Guyane, où nombreux affirment, sur les réseaux sociaux, refuser d'être "des cobayes".

Dans un courrier à la directrice de l'ARS de Guyane, le député GDR de Guyane Gabriel Serville acte "sa rupture de confiance": "D'où vous vient cette idée unilatérale que les chiffres guyanais justifieraient l'installation d'un centre thérapeutique en lieu et place de la France hexagonale? demande-t-il, arguant qu'au 29 juin, la Guyane ne comptait "que 120 hospitalisations, dont 19 en réanimation", alors que la métropole comptait encore le 26 juin "8886 personnes hospitalisées et 634 en réanimation". Mardi, la Guyane comptait un total de 4004 cas et 15 décès.

"L'avancée inquiétante de l'épidémie (...) ne saurait faire de la Guyane un terrain de jeu" pour "des chercheurs de l'Hexagone", a aussi écrit lundi le sénateur Karam au ministre de la Santé Olivier Véran.

"Je comprends la peur de mes compatriotes", a expliqué mardi à l'AFP le député LaREM Lenaïck Adam, déplorant un manque de communication sur le sujet. Il souligne que "l'essai n'est pas fait qu'en Guyane" mais aussi dans l'hexagone, et qu'il se fait "sur la base du volontariat". "C'est la même démarche que celle du professeur Raoult à Marseille", souligne-t-il, regrettant que tout le monde réagisse "dans l'émotion".

Des injections de plasma de patients guéris

Lancé le 7 avril par l'Etablissement français du sang (EFS), l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) et l'Inserm, cet essai consiste à injecter à des patients souffrant du Covid-19 le plasma de patients guéris, contenant des anticorps dirigés contre le coronavirus.

Environ 200 patients guéris devaient être prélevés en Ile-de-France, dans le Grand-Est et en Bourgogne-Franche-Comté, tandis que l'essai devait inclure 120 patients en phase aiguë de Covid-19: 60 recevant le plasma et 60, un placebo.

Mais ce chiffre n'a pas encore été atteint, a expliqué Karine Lacombe, car quand l'essai a été lancé début avril "nous étions déjà en phase de décélération de l'épidémie", et beaucoup de patients à ce moment-là ne remplissaient pas "les critères d'inclusion pour bénéficier de l'essai plasma".

Mardi, Rodolphe Alexandre et les deux sénateurs ont également posé "un ultimatum de 48 heures" au gouvernement pour obtenir la venue d'un hôpital de campagne militaire. Selon le député Adam, qui a eu un échange avec le Premier ministre, la ministre des Outre-mer et le ministre de la Santé, des médecins militaires devraient arriver prochainement en renfort.

Jeanne Bulant avec AFP Journaliste BFMTV