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Greffe de tête: le chirurgien italien fait un appel aux dons

Des chirurgiens en pleine opération, à Lille (image d'illustration)

Des chirurgiens en pleine opération, à Lille (image d'illustration) - Philippe Huguen - AFP

Le médecin italien a besoin de 100 millions de dollars pour financer son projet controversé. Il a détaillé vendredi les conditions dans lesquelles l'opération devrait se dérouler.

Celui que l'on surnomme "Dr Frankenstein" compte bien réaliser la première greffe de tête humaine. Mais le projet de ce chirurgien italien, Sergio Canavero, a été accueilli avec scepticisme par ses confrères lors d'une conférence médicale où il a lancé un appel aux donateurs, vendredi aux Etats-Unis. 

Directeur du Groupe de neuromodulation avancée de Turin, le médecin avait annoncé son projet fin 2013, estimant alors qu'une telle intervention pourrait être possible en 2016. Parmi les 150 participants à la conférence, se trouvait le premier volontaire pour cette greffe, un Russe de 30 ans, Valery Spiridonov, atteint de la maladie de Werdnig-Hoffmann qui se caractérise par une atrophie progressive incurable des muscles. C'était la première rencontre entre les deux hommes.

Un appel à Bill Gates

A la fin de sa présentation, Sergio Canavero, qui a besoin de 100 millions de dollars (88,5 millions d'euros), a pressé ses confrères américains de l'aider dans ce projet, reconnaissant ne pas vraiment savoir comment exécuter toute la greffe. "J'ai fait ma contribution avec la moelle épinière, la principale chose, et maintenant je vous demande votre aide", a-t-il lancé, faisant appel à l'esprit de conquête de l'Amérique. Il a suggéré que "des milliardaires comme Bill Gates pourraient donner de l'argent pour ce projet ambitieux". 

Invité à prononcer le discours d'ouverture de la Conférence, le docteur Canavero a longuement décrit comment il comptait ressouder la moelle épinière sectionnée, point crucial d'une telle chirurgie, citant des avancées dans la recherche, surtout animale. Selon lui, le secret est une lame extrêmement fine permettant de trancher les fibres nerveuses sans les émousser. Il compte aussi utiliser du polyéthylène glycol, une substance chimique courante, et un courant électrique pour accélérer leur rattachement.

"Encore beaucoup d'obstacles"

Mais il a à peine survolé les autres problèmes majeurs comme le rétablissement rapide de la circulation sanguine dans le cerveau et les branchements du système nerveux parasympathique, une composante clé des fonctions automatiques de l'organisme. Sa présentation de deux heures et demie devant la conférence de l'American Academy of Neurological and Orthopaedic Surgeons (AANOS) n'a guère convaincu.

Pour le docteur Marc Stevens, un chirurgien orthopédiste de Smithfield, en Caroline du Nord, présent à Annapolis, "il y a encore beaucoup d'obstacles avant de pouvoir faire ce type de chirurgie".

"Dans toute la présentation (du docteur Canavero) sur la moelle épinière, je pense qu'il y a certaines conclusions qui montrent un espoir... mais quand il s'agit de greffer une tête, il me semble qu'on essaie de brûler beaucoup d'étapes", a-t-il jugé dans un entretien avec l'AFP.

Jerry Silver, professeur de neurologie à l'Université Case Western, affirme quant à lui que la technique pour ressouder la moelle épinière décrite par le docteur Canavero n'a jamais été vraiment testée. "Nous ne sommes même pas près de le faire", selon lui. De plus, le nerf pneumogastrique sera difficile à ré-attacher. Il contrôle entre autres la digestion, l'élocution et le rythme cardiaque, explique-t-il.

"Absurde, totalement non-scientifique, infaisable et ridicule"

Art Caplan, un bioéthicien du Centre médical Langone à New York, s'interroge dans un récent éditorial sur le fait de savoir pourquoi ce neurologue italien qui prétend maîtriser la réparation des moelles épinières ne traite pas d'abord les milliers de patients paralysés dans le monde, pour qui la médecine est toujours impuissante.

"Si quelqu'un savait faire ce qu'il prétend pouvoir faire, nous l'aurions déjà démontré dans des expériences animales et ces recherches auraient été publiées dans des revues scientifiques sérieuses", ajoute Art Caplan, selon qui ce chercheur donne de faux espoirs.

Même si une telle greffe était possible, il faudrait utiliser tellement de médicaments pour empêcher un rejet de l'organe que le patient ne pourrait pas survivre bien longtemps: ces traitements sont toxiques à hautes doses, explique le docteur Kaplan .

"J'aurais tendance à penser que tout cela est absurde, totalement non-scientifique, infaisable et ridicule", écrit-il encore, soupçonnant un coup médiatique pour lever des fonds.

La première greffe de la tête semble avoir été faite en 1970 aux Etats-Unis par le docteur Robert White, qui avait attaché la tête d'un singe sur le corps d'un autre primate, mais sans restaurer la fonction de la moelle épinière. L'animal est mort peu après. Pas de quoi arrêter le "Dr Frankenstein" qui semble croire dur comme fer à son projet fou.

la rédaction avec AFP