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"Filtergate": les fabricants de tabac minimiseraient de 2 à 10 fois les taux de goudron et de nicotine

Selon le Comité national contre le tabagisme, qui porte plainte, il s'agit d'une volonté "délibérée" des cigarettiers de tromper les consommateurs comme les pouvoirs publics.

Le "filtergate" ou "tabaccogate" pourrait s'avérer être un scandale. Les fabricants de tabac sont dans le collimateur du Comité national contre le tabagisme (CNCT) qui vient de déposer plainte contre quatre d'entre eux. L'accusation, grave, porte sur une "tromperie délibérée des pouvoirs publics et des consommateurs avec mise en danger aggravée de ceux-ci".

L'association dénonce également "une manipulation de leurs produits en vue de falsifier les tests requis par les autorités sanitaires relatifs aux goudrons, monoxyde de carbone et nicotine." Avec une traduction concrète:

"Un fumeur qui pense fumer un paquet par jour en fume, en fait, l’équivalent de 2 à 10. Tous les fabricants de tabac sont concernés. Des procédures similaires ont été lancées ou sont en cours dans d’autres pays, pouvant impliquer des associations de malades" accuse le CNCT. 

Cette tricherie est nommée "filtergate" par le CNCT. A l'instar des fabricants de véhicules, Volkswagen en tête, qui falsifiaient les tests de pollution des moteurs diesel en leur faisant adopter un régime spécialement étudié pour générer moins de rejets toxiques, la manœuvre viserait à tromper les laboratoires de tests.

De minuscules trous dans les filtres pour biaiser les tests

"Le 'filtergate' représente la manipulation des filtres par les fabricants de tabac via la perforation de ces filtres et l’existence de minuscules trous destinés à falsifier les tests des caractéristiques des cigarettes", avance le CNCT.

Cela permettrait aux cigarettiers "de tromper les laboratoires agréés". Si en effet, de l'air frais passe par ces "micro-orifices", la concentration en goudron, en nicotine et en monoxyde de carbone, ne sera plus la même dans l'air inhalé. Il en résulte une sous-estimation très importante des taux réels de goudron et de nicotine par rapport aux normes sanitaires.

En plaçant une lumière à l'intérieur du papier du filtre, on peut distinguer les minuscules trous d'aération litigieux.
En plaçant une lumière à l'intérieur du papier du filtre, on peut distinguer les minuscules trous d'aération litigieux. © BFMTV

Il faut prendre en compte une différence entre l'inhalation de la fumée par une personne et son aspiration par les dispositifs de test. 

"Lorsqu'une cigarette est mise sur le marché, elle ne doit pas permettre d'inhaler plus d'une certaine quantité qui est réglementée de goudron et de nicotine. Afin de vérifier que les cigarettes sont 'conformes', on les passe sur des machines à fumer. Il s"agit en gros d'une plaque de métal, on aspire de l'air à travers la cigarette et vu que le métal est très dur, ça n'obture pas les petits trous de filtrage. En revanche quand un être humain, avec sa bouche, fume la même cigarette, il ferme les petits trous de filtrage. Il n'y a plus de ponction d'air à l'extérieur et donc le shoot de nicotine et le shoot de goudfon qu'il absorbe est beaucoup plus important", résume Me Alexandre Kopp à BFMTV. 

"Il n'y a pas de cigarettes légères"

Le Monde relève toutefois un argument allant à l'encontre de la plainte du CNCT: les taux de goudron et de nicotine ne sont plus mentionnés sur les paquets de cigarettes. Certes, répond en substance l'avocat du CNCT, mais jusqu'en mai 2016 - date à laquelle ces mentions ont été retirées - "les fumeurs ont été trompés sur la quantité réelle de goudron et de nicotine à laquelle ils étaient réellement exposés". Mais en tout état de cause, cela ne retire rien à l'approximation des résultats obtenus en laboratoire.

"Si, précise encore Me Kopp, la nocivité (de la cigarette) ne dépend pas directement du degré de nicotine et de goudron. En revanche l'addiction dépend du niveau de nicotine. Si vous avez le sentiment qu'il existe des cigarettes légères, c'est une erreur. Il n'y a pas de cigarettes légères"

Sollicités par BFMTV.com, les principaux fabricants de tabac français n'ont pas donné suite.

David Namias et Nella Prod'homme