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Covid-19: pourquoi l'hypothèse d'un virus échappé d'un laboratoire n'est pas écartée

Vue aérienne du laboratoire P4 à Wuhan

Vue aérienne du laboratoire P4 à Wuhan - Hector Retamal - AFP

L'émergence du SARS-CoV-2 chez l'homme est encore inconnue, et parmi les hypothèses étudiées par les scientifiques, la possibilité d'une contamination dans un laboratoire de Wuhan est étudiée.

Alors que les recherches pour trouver un vaccin ou un traitement au coronavirus continuent, les scientifiques tentent encore de comprendre l'émergence du SARS-Cov-2 en Chine, et la façon dont il a pu passer de l'animal à l'homme. Parmi les hypothèses sur la table, celle d'une contamination à l'intérieur des laboratoires de virologie de Wuhan, qui aurait ensuite été diffusée à l'extérieur.

"On en reparle parce que les experts de l'OMS qui ont pour mission d'essayer de comprendre ce qui s'est passé ont enfin pu contacter, presque un an après, les experts chinois", explique ce lundi le médecin Alain Ducardonnet, consultant santé de BFMTV. Cet échange a eu lieu le 30 octobre dernier, et avait, entre autres, pour but de comprendre les origines du virus.

Quel élément a fait passer le virus de l'animal à l'homme?

"Ce que l'on sait, c'est que oui, ce virus vient bien de la chauve-souris", explique Alain Ducardonnet, mais "on n'a toujours pas trouvé cet élément intermédiaire qui fait que l'on passe à l'être humain". Et ce transfert pourrait potentiellement venir d'un laboratoire de Wuhan.

"Le travail publié depuis une quinzaine d'années par [l'Institut de virologie de Wuhan] et notamment le laboratoire de Shi Zhengli (virologue chinoise spécialisée sur les virus de la chauve-souris, ndlr) a consisté à échantillonner des virus dans la faune sauvage dans le but d'essayer de comprendre les mécanismes de franchissement de la barrière des espèces pour essayer de s'en prémunir", explique à France Info Etienne Decroly, virologue au CNRS. Il s'interroge sur la "possibilité d'échappement d'un laboratoire d'un échantillon qui aurait été collecté dans la faune sauvage".

"Aujourd'hui on n'a pas vraiment de piste, ce qui fait que les chercheurs, en toute objectivité, ont remis sur la table la notion de: est ce qu'il n'y aurait pas eu un accident, une contamination, puisque l'on sait que ce laboratoire P4 à Wuhan est spécialisé dans les coronavirus. Est-ce que quelqu'un n'aurait pas pu se contaminer?", interroge également Alain Ducardonnet. "C'est possible. Ce ne serait pas la première fois", explique à France Info le biologiste Serge Morand.

Wuhan dément

Plus de 2000 coronavirus de chauve-souris ont été détectés par le laboratoire de Shi Zhengli, expliquait la revue Science en juillet, "dont un étant identique à 96,2% au SARS-CoV-2", le RaTG13. La virologue chinoise précise que ce RaTG13 "n'a jamais été isolé ni cultivé" et ajoute que tous les membres de son groupe scientifique ont été testés négatifs au Covid-19.

"A ce jour, aucune fuite d'agents pathogènes ni aucun accident d'infection du personnel ne se sont produits", déclare également Shi Zhengli.

"Sans autorisation, même un moustique ne pourrait pas pénétrer dans le laboratoire", assurait Yuan Zhiming, directeur du Laboratoire national de biosécurité de Wuhan, en juillet, démentant que la fuite pouvait provenir de son institut.

Pas de création en laboratoire

Selon les scientifiques, les recherches actuelles ne doivent toutefois pas alimenter la théorie selon laquelle le Covid-19 a été créé en laboratoire.

"On ne trouve pas de trace artificielle, ou construite par l'homme dans le génome", a expliqué ce lundi sur BFMTV l'infectiologue Karine Lacombe. "Les caractéristiques du virus, ce qui le constitue, en font quand même un virus qui provient de l'animal, c'est une zoonose, c'est un agent infectieux qui a muté pour pouvoir infecter les cellules humaines".
"Il y a une piste qui est vraiment abandonnée, c'est la construction synthétique d'un virus pour attaquer l'univers", explique également Alain Ducardonnet.

S'il s'avère que le Covid-19 provient en effet d'un laboratoire de Wuhan, "il ne s'agirait pas de construction d'une arme biologique mais de recherches visant à mieux comprendre le fonctionnement de ce virus", explique au Parisien Etienne Decroly.

D'autres hypothèses sur la table

L'émergence de ce coronavirus restant pour le moment inconnue, d'autres hypothèses sont sur la table pour expliquer son passage de l'animal à l'homme. "Des chercheurs français par exemple ont évoqué que le chien viverrin est un hôte extrêmement favorable, et il existe en Chine. Donc ce serait une hypothèse aussi", explique Alain Ducardonnet. Ce "chien raton-laveur" aurait pu l'attraper auprès d'une chauve-souris avant de le transmettre à l'homme.

La théorie de la transmission par le pangolin, piste privilégiée au début, persiste également, bien que cette hypothèse soit "en perte de vitesse, parce qu'en fin de compte, la comparaison génétique n'est pas en sa faveur", continue le spécialiste Santé.
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV