BFMTV

Covid-19: ce que l'on a appris du virus depuis le déconfinement

Une infirmière donne des soins à un patient dans un hôpital (illustration)

Une infirmière donne des soins à un patient dans un hôpital (illustration) - Jean-Sébastien Evrard - AFP

Possible mutation, transmission par les aérosols, saisonnalité... Depuis la fin du confinement, les scientifiques et chercheurs ont répondu à plusieurs questions et hypothèses qui existaient autour du Covid-19.

Trois mois après le début du déconfinement progressif, le 11 mai dernier, le nouveau coronavirus est toujours présent en France et semble même connaître un regain de circulation depuis plusieurs semaines. Les indicateurs se dégradent de plus en plus dans certaines zones avec, au 23 août, 38 départements placés en situation de vulnérabilité, selon le dernier point de situation de Santé publique France.

Les connaissances autour du Covid-19, sur la manière dont il se transmet notamment, se sont cependant étoffées, permettant de tirer quelques leçons depuis la fin du confinement dans l'Hexagone.

> Le virus n'a pas muté

Contrairement à ce qui a pu être dit ces derniers jours, le Covid-19 n'a pas récemment muté en France. Il s'agit du "même virus que nous avions début mars, au début de l'épidémie", a affirmé ce lundi, sur BFMTV, Arnaud Fontanet, directeur de l'unité d'épidémiologie des maladies émergentes à l'Institut Pasteur.

S'il y a eu, dans les toutes premières introductions, au début de l'année, "un virus un peu différent qui arrivait de Chine", celui qui a été responsable de l'épidémie au printemps "est le même virus qu'aujourd'hui", a précisé le membre du conseil scientifique.

"Le virus n'est pas moins virulent comme j'ai pu le lire dans la presse. Il est aussi virulent que les précédents si ce n'est pas un petit peu plus", a-t-il ajouté.

> Les aérosols transmettent le virus

Début juillet, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a reconnu que "des preuves" émergeaient concernant la transmission du Covid-19 par l'air et non pas seulement par des goutelettes.

Un constat motivé par l'appel de nombreux chercheurs pour considérer que les aérosols, des particules très fines, mesurant moins de cinq micromètres, sont porteurs du virus. Dans le New York Times, 239 scientifiques avaient ainsi signé une tribune en ce sens, soulignant la dangerosité de la proximité prolongée avec de telles particules, et leur inhalation répétée, dans un milieu fermé.

"Les aérosols, que l'on émet quand on parle, quand on chante ou quand on crie, vont rester en suspension et on sait maintenant qu'ils sont potentiellement contagieux. C'est pour ça qu'il est important de porter un masque dans les milieux clos. Les clusters, on les a retrouvés plus dans les milieux clos qu'à l'extérieur, c'est ça qui nous a amené à penser que les aérosols jouaient un rôle. Ces aérosols ne sont cependant pas prédominants dans la transmission", a expliqué Arnaud Fontanet sur notre antenne.

> Les enfants ne sont pas protégés

À quelques jours de la rentrée scolaire, les questions se multiplient autour des relations entre les enfants et le coronavirus. Si au collège et au lycée, les adolescents sont "autant contagieux que les adultes", selon Arnaud Fontanet, c'est "plus débattu" concernant les enfants de moins de dix ans.

Si, au début de l'épidémie, il pouvait sembler que les enfants étaient "très peu exposés" au Covid-19, "on se rend aujourd'hui compte que les enfants infectés ont la même concentration virale que les adultes". Ils ont cependant moins de symptômes et, "probablement à cause de ça, ils sont moins contagieux", a résumé le directeur de l'unité d'épidémiologie des maladies émergentes à l'Intitut Pasteur, s'appuyant sur plusieurs études, qu'il n'a pas citées.

En résumé, les enfants restent peu infectés mais sont autant exposés à un risque d'infection que les adultes. Ils semblent tout de même montrer moins de symptômes lorsqu'ils sont infectés. "Chez les enfants, l’infection est généralement plus légère ou asymptomatique", confirme Santé publique France, s'appuyant sur un rapport du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), publié ce mois d'août.

Mais les études divergent concernant leur degré de contagiosité. Si une étude portant sur la ville de Trente en Italie (prépubliée le 29 juillet et non examinée par des pairs) montre que les enfants ont plus de risques d'infecter quelqu'un, une autre, de l'Institut Pasteur (résultats préliminaires publiés le 23 juin), s'appuyant sur le cas d'une école de Crépy-en-Valois (Oise), indique qu'ils transmettent peu le coronavirus entre eux et aux enseignants.

"Le problème est que c'est assez confus, on n'a pas beaucoup de données là-dessus. Ce sont des études de cas, ce n'est pas quelque chose qui a été étudié systématiquement. Un cas unique ne suffit pas à décrire un phénomène. Toute la question est de savoir si l'air qu'un enfant va expirer par la respiration ou la parole est infectieux, et ça on ne le sait pas", a souligné Morgane Bomsel, chercheuse du CNRS à l'Institut Cochin, auprès de BFMTV.com.

> Doutes autour d'un possible cas de réinfection

Jusqu'ici, il n'y a eu aucun cas d'une personne infectée par le coronavirus au printemps qui a ensuite été réinfectée, a affirmé Arnaud Fontanet sur notre antenne. "La question de la réinfection nous inquiète énormément scientifiquement. Cela n'a pas encore été mis en évidence. On le saura peut-être cet automne", a-t-il ajouté.

"La règle générale, en virologie, quand on a eu une maladie virale, on ne se réinfecte pas avant un certain temps. Mais cela ne dit rien sur la durée de l’immunité, ni ce qui se passe chez les nombreuses personnes qui s’infectent sans être malades. Ce qui peut se passer, c’est que les formes mineures entraînent une immunité de faible niveau, de faible durée. Et que les infections systémiques graves induisent une immunité de plus longue durée", a expliqué Marc Eloit, responsable du laboratoire "Découverte de pathogènes" de l’Institut Pasteur à Ouest-France.

Les scientifiques ne savent donc pas encore pour le Covid-19 si une première infection protège d'une seconde et combien de temps une possible immunité dure.

Pour le chercheur Antoine Flahault, interrogé par Franceinfo, la question de la réinfection ne doit pas être écartée. Car des "réinfections sont possibles même pour les virus qui confèrent une immunité connue", en raison de la prise de certains médicaments ou d'une maladie comme la mononucléose qui "peuvent faire diminuer l'immunité d'une personne".

Ce lundi, des chercheurs de Hong Kong ont tout de même annoncé avoir découvert le premier cas au monde de réinfection par le Covid-19, a rapporté l'Agence France-Presse (AFP), mais les experts soulignent qu'il est trop tôt pour en tirer des conclusions sur la suite de la pandémie.

La chercheuse Morgane Bomsel a ainsi expliqué à BFMTV.com qu'avant de parler de réinfection, il faut être sûr que la personne était totalement guérie et qu'il est compliqué de déterminer qu'une personne a "éliminé entièrement le virus".

"Peut-être que la personne n'avait plus de virus ou qu'ils l'ont cherché mais qu'il se trouvait ailleurs dans le corps? Il ne s'agirait alors pas d'une réinfection mais d'une infection qui était latente, à très bas bruit", a-t-elle ajouté.

> La chaleur n'affaiblit pas le virus

En février dernier, le président américain Donald Trump avait évoqué la possibilité d'une disparition du coronavirus avec l'augmentation des températures pendant l'été. Dire que le virus s'atténue en été est pourtant "complètement faux", a affirmé le spécialiste des maladies infectieuses Nathan Clumeck à l'AFP Factuel.

"Sur une surface plane exposée au soleil, le virus peut disparaître en quelques minutes. La chaleur annihile un virus qui se trouve à l'extérieur d’un corps. Mais cela n’a pas d’effet significatif: si vous êtes à dix centimètres de quelqu’un qui vous tousse dessus, le virus n’aura pas le temps d’être inactivé par la chaleur", a expliqué le membre de l'Académie royale de médecine de Belgique.

Christelle Vauloup Fellous, virologue à l’Hôpital Paul-Brousse de Villejuif, a souligné, dans un autre article de l'AFP Factuel, que si l'été le virus se transmet moins bien, ce n'est pas en raison de la chaleur, mais parce que "plus il fait chaud, plus les gens vivent dehors et plus il y a d'aération". Et d'ajouter que le Covid-19 s'est diffusé dans des pays où il fait généralement très chaud, depuis déjà plusieurs mois, comme l'Australie, le Mexique, la Grèce ou encore l'Algérie.

Clément Boutin Journaliste BFMTV