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Coronavirus: après le carnaval de Nice et la Fête du Citron, faut-il annuler les rassemblements publics?

Le maire de Nice a décidé d'annuler le défilé du carnaval ce samedi.

Le maire de Nice a décidé d'annuler le défilé du carnaval ce samedi. - VALERY HACHE / AFP

Alors que le coronavirus continue de se propager, plusieurs responsables politiques réclament l'annulation des rassemblements publics. Ce mercredi, le maire de Nice a annoncé l'annulation de la dernière journée du célèbre carnaval, tandis que celui de Menton a décidé d'annuler la Fête du Citron.

Faut-il interdire les rassemblements publics pour limiter les risques de contamination au Covid-19? Plusieurs responsables politiques voient cette solution comme la plus raisonnable, à l’instar de Christian Estrosi, qui a annoncé ce mercredi "l’annulation de la dernière sortie du carnaval de Nice samedi prochain". Le maire de la ville a toutefois rappelé qu'"aucun cas de coronavirus n'avait été détecté" dans la cité azuréenne. Sa décision a été prise "à titre préventif", a-t-il précisé. Non loin de là, à Menton, le maire a décidé d'annuler quant à lui la Fête du Citron. 

A Nice, l’idée qu’une multitude de personnes s’attroupe dans un espace restreint inquiétait déjà depuis plusieurs jours. Le député et conseiller départemental Eric Ciotti avait incité mardi à envisager "la suspension du carnaval de Nice". "J’appelle à un principe de précaution face au flux quotidien de dizaines de milliers de personnes entre les Alpes-Maritimes et l’Italie. Nous n’en ferons jamais trop pour protéger des vies", avait-il déclaré sur France 2.

Incompréhension

Les initiatives de Nice et Menton vont-elles être suivies par d’autres? C’est en tout cas ce que réclament les maires de Meyzieu et Décines-Charpieu qui souhaitaient voir interdire la venue de près de 3000 supporters de la Juventus, l’équipe qui affronte ce mercredi soir l’Olympique lyonnais. Les édiles Christophe Quiniou et Laurence Fautra estiment que ce match "fait naître des craintes, légitimes" chez leurs administrés, "immédiatement concernés par l'accueil et les flux de supporters" tout droit venus d’Italie, le pays le plus touché d’Europe par le coronavirus avec 400 cas dont 12 morts ce mercredi soir.

"Est-ce-que c’est responsable de faire venir ces personnes dans un stade? Elles vont se déplacer dans nos villes, dans nos transports en commun", s’inquiète sur notre antenne Laurence Fautra, maire LR de Décines-Charpieu.

Ce mercredi, Ségolène Royal a jugé que la décision de recevoir les supporters de la Juventus était "incohérente": "On ne comprend pas, par exemple, pourquoi certains élèves qui reviennent de déplacements sont mis en quatorzaine, sont mis à l'écart, et pourquoi on fait venir des supporters pour le match", a-t-elle déclaré sur France 2.

Et de poursuivre: "Peut-être que le gouvernement a des informations qu'en tout cas le public n'a pas, mais je pense que pour éviter le déclenchement de panique, il faut considérer que le peuple français est mature, qu'il a la capacité de comprendre, à condition qu'il ait le sentiment qu'on lui dit" les choses.

"Pas lieu d'annuler des grands événements publics"

Lors d’un point presse ce mercredi, le ministre de la Santé Olivier Véran a indiqué qu’il n’y avait pas de "malade identifié à Turin, pas de malade identifié dans le Piémont, et Turin se situe à 200 km des zones à risque italiennes". Selon lui, il n'y a donc "pas lieu d'annuler a priori des grands événements publics, qu'ils soient de nature sportive ou culturelle", tout en s'accordant sur le fait "de regarder chaque situation au cas par cas".

Une décision qui semble seoir aux supporters français: "Ça ne me gêne pas du tout, je pense qu’ils ont pris les mesures en Italie, sinon l’équipe de foot ne viendrait pas", témoigne l’un d’eux au micro de BFMTV, tandis que Jean-Michel Aulas, président de l’OL, ironise: "La crainte pour nous n’est pas liée au coronavirus mais plutôt à la qualité de cette équipe turinoise qui est l’une des meilleurs d’Europe."

"Les autorités ont leurs raisons"

"Evidemment qu’on a plus de risques d’attraper une maladie comme la grippe dans une manifestation où les gens sont un peu les uns sur les autres, glisse à BFMTV.com Olivier Terrier, chercheur au CNRS. Mais si les autorités décident qu’on peut maintenir ces événements, c’est qu’elles ont leurs raisons", élude-t-il, précisant qu’il ne s’agit pas d’une décision sanitaire mais bien politique.

Du côté de l’Agence régionale de la santé dans la région PACA, on justifie cette décision par le fait que "le virus n’est pas en circulation dans notre région".

Si les événements - autres que le carnaval de Nice - sont pour l’heure maintenus, les mesures de précautions sont cependant renforcées. A Cannes par exemple, qui accueille régulièrement des congrès, des mesures ont été prises depuis le 3 février. Et lundi, le Palais des festivals a annoncé la mise en place d’un système de détection de fièvre et étudie la piste de points de contrôle sanitaires. Les policiers municipaux vont par ailleurs être équipés de thermomètres frontaux pour rassurer en attendant la tenue du prochain congrès, le 10 mars.

Ambre Lepoivre