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Cancer de la thyroïde: mise en garde contre le surtraitement

Une patiente atteinte d'un cancer de la thyroïde suivant son traitement

Une patiente atteinte d'un cancer de la thyroïde suivant son traitement - -

Des experts mettent en garde contre le dépistage et le traitement de cancers de la thyroïde à faible progression. Les traitements agressifs ne seraient pas toujours conseillés.

Attention à ne pas privilégier des traitements lourds dans des cas de cancers qui pourraient être simplement placés sous surveillance. C'est, en substance, la conclusion d'une étude publiée ce mardi dans le British Medical Journal.

Les chercheurs ont observé que le nombre de cas découverts chaque année n'a cessé de se développer au cours des 50 dernières années passant, dans le monde, de 1,5 cas pour 100.000 habitants dans le monde en 1953 à 7,5 cas/100.000 en 2002.

L'équipe du Dr Juan Brito de la clinique Mayo (Etats-Unis) estime que la hausse de nouveaux cas s'explique surtout par un meilleur dépistage de nodules thyroïdiens cancéreux de petite taille (moins de 2mm).

Or, disent-ils, ces micro-cancers (dits de type papillaire) ont un pronostic particulièrement bon (survie de 99% à 20 ans) et pourraient ne pas impliquer d'emblée de traitements agressifs.

Dédramatiser le diagnostic

Car le traitement du cancer de la thyroïde passe par l'ablation de la glande, associée ou non à une cure d'iode radioactif, qui nécessite un traitement hormonal substitutif à vie.

"L'ablation de la thyroïde comporte des risques opératoires, tandis que le traitement à l'iode radioactif peut avoir des effets secondaires à court terme (inflammation des glandes salivaires), voire à long terme, avec un risque accru de leucémie (multiplié par cinq)", indiquent les auteurs de l'analyse, qui préféreraient éviter ces surtraitements aux patients, en privilégiant le placement sous surveillance.

De même, les chercheurs suggèrent de débaptiser ces micro-cancers afin de dédramatiser le diagnostic et permettre aux patients qui le souhaitent d'opter pour une simple surveillance.

8211 nouveaux cas en France en 2012

"L'étude dit publiquement ce que beaucoup de spécialistes pensent tout bas" affirme Jean-Louis Peix, chef du service de chirurgie endocrinienne du Centre hospitalier de Lyon-sud qui explique n'avoir pas opéré des patients porteurs de ces micro-cancers papillaires de 2 à 3 mm "qui dans la grande majorité des cas n'évoluent pas". Son exemple n'est pas forcément suivi en France, ses confères préférant opérer "par prudence".

"Tout le problème est de définir la frontière" pour éviter de se retrouver "deux ans plus tard avec des métastases ganglionnaires" précise-t-il.

En France, l'Institut national du cancer (INCa) a recensé 8211 nouveaux cas de cancers en 2012 (contre 2.531 en 1990) et 375 décès l'an dernier (contre 478 en 1999).

C.Pa. avec AFP