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Bientôt une déclaration obligatoire des cas de rubéole?

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Face aux demandes récurrentes de l'Organisation mondiale de la santé, la France pourrait instaurer une déclaration obligatoire des cas de rubéole pour la population générale. Car si la maladie peut être évitée grâce au vaccin ROR, la couverture vaccinale n'est pas optimale et elle n'est donc toujours pas éradiquée sur le territoire.

La rubéole est une maladie virale contagieuse due à un virus de la famille des Togavirus qui survient le plus souvent chez l'enfant, mais le plus souvent sans gravité. Sauf si elle survient dans les premiers mois de grossesse chez une femme non immunisée car elle peut entraîner des malformations de l'enfant qu'elle attend. La maladie provoque de la fièvre et une éruption cutanée, mais peut souvent passer inaperçue.

La vaccination dans le cadre d'un vaccin combiné rougeole, oreillons, rubéole (ROR), que le ministère de la santé souhaite rendre obligatoire, est le seul moyen pour prévenir ces complications. L'Assurance maladie recommande deux injections à 12 mois et avant 18 mois. "En France, grâce à la vaccination, le nombre de cas de rubéole a diminué, mais la proportion de personnes vaccinées est encore insuffisante pour faire disparaître la maladie et supprimer totalement le risque de survenue d'une rubéole au cours de la grossesse.", explique-t-elle.

Selon les données de Santé Publique France, entre 2007 et 2011, 5 cas d’infections maternelles étaient recensés en moyenne chaque année. Depuis, 13, 12 et 6 infections maternelles ont été rapportées en 2012, 2013 et 2014. "Les résultats témoignent d’une persistance de la circulation du virus, à un niveau faible mais non conforme à l’objectif d’élimination de la rubéole fixé à 2015 au niveau européen.", indique l'agence.

La surveillance concerne les infections materno-fœtales

En décembre 2016, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) a été saisi par la direction générale de la santé pour se prononcer sur la pertinence de la mise en place d’une déclaration obligatoire (DO) de la rubéole en population générale. Dans son rapport publié fin juillet, il se dit en faveur de cette mesure, "avec maintien d’une DO particulière pour les femmes enceintes et les cas de rubéole congénitale."

Car la France, comme l’ensemble des pays de la zone OMS, s’est engagée depuis 2010 à éliminer la rougeole et la rubéole. "Cet engagement implique la mise en place d’une notification individuelle pour ces maladies afin d’être en mesure d’en certifier l’élimination.", précise le HCSP. Or, si la notification obligatoire de la rougeole a été mise en place en 2005, ce n'est pas le cas pour la rubéole: actuellement, le système de surveillance nationale se focalise uniquement sur les infections materno-foetales.

"La France est l'un des seuls pays européens à ne pas avoir de système de surveillance pour la population générale. Il est vrai que ce n'était pas une priorité par rapport à la surveillance de la rougeole et en raison du vaccin. Jusqu'ici la France misait sur la surveillance de la rubéole congénitale mais elle s'est engagée auprès de l'OMS à éliminer la maladie", explique à Santé Magazine le Pr Daniel Floret, membre du groupe de travail sur ce rapport et président de la CNV*.

Le prélèvement salivaire, méthode privilégiée

Le HCSP justifie sa décision par le fait que la couverture vaccinale demeure hétérogène selon les territoires et les populations, ce qui peut entraîner "des bouffées épidémiques localisées." Son rapport indique qu'à 24 mois, 91% des nourrissons ont reçu la première dose du vaccin ROR, 77% pour la deuxième dose. Mais dans certains départements du sud de la France le niveau d’immunité de groupe nécessaire pour éliminer la rubéole (80-85%) n'est pas atteint.

De même, certaines populations ont été identifiées comme étant de "faible couverture vaccinale" à l'instar des gens du voyage, des patients de médecins non vaccinateurs et des personnes fréquentant les écoles d’obédience anthroposophique. Mais attention à ne pas choisir n'importe méthode de surveillance. Les experts citent l'exemple du Royaume-Uni qui a choisi les tests salivaires pour la surveillance de la rougeole, de la rubéole, des oreillons et de la varicelle.

"La rubéole est une maladie qui peut passer inaperçue, les systèmes de surveillance basés sur les signes cliniques utilisés par certains pays ne sont donc pas fiables. La meilleure confirmation demeure le prélèvement biologique, déjà appliqué en France pour surveiller la rougeole", estime le Pr Daniel Floret. Il s'agit par ailleurs d'une "technique non invasive qui ne devrait pas poser de problème d’acceptabilité" effectués par les médecins ou par les patients.

La ministère va-t-il l'appliquer?

En outre, une déclaration obligatoire élargie à la population générale "permettrait de repérer ces cas groupés et la mise en place de campagnes de vaccination de rattrapage dans les populations concernées.", ajoutent les auteurs du rapport. Selon eux, un autre élément plaide en faveur de cette mesure: elle "devrait permettre de pérenniser et d’améliorer la surveillance des infections rubéoleuses pendant la grossesse et d’améliorer la surveillance de la rubéole congénitale."

Ces derniers font savoir en guise de conclusions que "compte tenu de l’excellente efficacité du vaccin, cette déclaration serait ciblée sur la confirmation du diagnostic de rubéole chez des personnes non correctement vaccinées ou sans preuve d’immunité antérieure." Reste à savoir si le ministère de la Santé suivra cet avis, mais le Pr Floret estime que ce sera sûrement le cas, avec une application "d'ici quelques mois".

*Commission nationale de vérification de l'élimination de la rougeole et de la rubéole
Alexandra Bresson