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Cannabis: un sujet tabou au travail

700.000 Français fument de l'herbe tous les jours.

700.000 Français fument de l'herbe tous les jours. - horriblehuman666 - CC - Flickr

Plus d'un Français sur dix a fumé un joint au moins une fois dans l'année. Un sociologue a enquêté sur le milieu aéroportuaire: il explique en partie son usage par les conditions de travail difficiles.

Les Français sont ceux qui consomment le plus de marijuana en Europe. 11% des adultes âgés entre 18 et 64 ans ont fait usage de cannabis au moins une fois en 2016, selon les chiffres de l'Observatoire français des drogues et toxicomanie (OFDT), publiés en juin. Contre 8% en 2010 et 4% en 1992. 700.000 Français s'enfumeraient même tous les jours… Et donc également ceux travaillés.

Sauf qu'en entreprise, le sujet est tabou. Autant les RH et médecins du travail commencent à s'unir pour mieux prévenir la consommation d'alcool sur site, autant celle du cannabis reste dans l'angle mort.

Une consommation risquées dans les aéroports

Fabien Brugière, chercheur associé au CRESPPA-GTM, a réalisé une enquête de terrain en se faisant embaucher comme intérimaire ouvrier de l'assistance aéroportuaire en Île-de-France. Dans sa thèse, il explique que la consommation de cannabis est fréquente dans cette profession, malgré les risques. Pour la sécurité des usagers des aéroports puisque ces ouvriers sont censés l'assurer sur les pistes, mais aussi pour leur propre maintien dans l'emploi puisque si leur consommation était dévoilée, cela entraînerait le retrait de leur badge d'entrée et leur renvoi. Il estime qu'entre 20 et 30% de ses collègues fumaient de la marijuana au travail.

Horaires décalés

"Cette pratique, après le service ou pendant les pauses, est liée à la nature réconfortante de l'usage du cannabis pour lutter contre la souffrance au travail", analyse le docteur en sociologie. Il évoque notamment les horaires décalés qui favoriseraient la fumette, selon lui, du fait "de l'isolement que cela créé pendant et des difficultés à s'endormir après".

Lors de son enquête, il a même observé une "tolérance tacite" de la direction, qui n'avait mis en place aucune politique de prévention, ni de contrôle de détection du tétrahydrocannabinol (THC). "Les entreprises de l'aéroportuaire ne communiquent pas sur le sujet car cela représenterait des enjeux commerciaux trop importants si cela se savait que certains de leurs ouvriers fument de l'herbe, parfois même dans l'aéroport", estime Fabien Brugière. Lui, relate son enquête de terrain dans un chapitre de l'ouvrage collectif Se doper pour travailler.

Rozenn Le Saint