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Villepin : «Je suis inquiet pour l'image de la France»

Dominique de Villepin, invité de Bourdin Direct sur RMC.

Dominique de Villepin, invité de Bourdin Direct sur RMC. - -

Invité de «Bourdin Direct» ce lundi, le président du mouvement République Solidaire, juge inquiétante la dégradation de l'image de la France à l'étranger, et déplore la surenchère sécuritaire donnée à voir par le gouvernement depuis plusieurs semaines.

Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, aujourd'hui président du mouvement République Solidaire, s'est déclaré «inquiet pour l’image de la France depuis plusieurs mois» en raison, notamment, de la surenchère sécuritaire que le gouvernement donne à voir depuis plusieurs semaines. Il a ainsi déclaré ce lundi au micro de Jean-Jacques Bourdin : « Je suis inquiet pour l’image de la France, et ce, depuis plusieurs mois. Ceux qui aiment la France, ceux qui travaillent avec elle, ne reconnaissent pas notre pays. Notre pays a une vocation sur la scène internationale. C’est un pays qui contribue à la recherche de la paix, qui a pour vocation de défendre les droits de l’homme. Sur ces deux terrains, nous sommes aujourd’hui peu actifs. Quel est le concours de la France au Proche Orient ? Quel est le concours de la France à la recherche d’une solution pacifique en Afghanistan ou dans d’autres régions ? Nous ne sommes pas suffisamment actifs et pas suffisamment présents. Notre diplomatie manque d’esprit d’initiative. Elle n’est pas suffisamment active dans un monde qui reste dangereux, où la première sécurité, c’est d’être sur le front des crises, à faire des propositions pour entraîner nos partenaires. »

« Dans la période actuelle, Nicolas Sarkozy manque d’exigence »
Dominique de Villepin déplore la stratégie adoptée par le gouvernement et par le président de la République au niveau européen. Selon lui, la France aurait pu s’illustrer d’une toute autre manière sur la question litigieuse des Roms : « Nous avons raté une occasion avec le dernier Conseil européen. J’ai souhaité que ce soit l’occasion pour la France de tourner une page malheureuse, celle des derniers mois, avec ces polémiques sur les Roms. La France avait là l’occasion de proposer à l’ensemble des pays européens une grande politique vis-à-vis de ces communautés. Malheureusement, la polémique a conduit à de nouvelles polémiques, à des débats qui à mon sens n’étaient pas au niveau de l’enjeu, alors que nous aurions pu essayer de mobiliser toute l’Europe pour régler ce problème de fond, qui concerne plusieurs pays européens. Evidemment, nous sommes dans une situation très différente de celle de Vichy, mais nous sommes dans une période où il faut éviter les surenchères, éviter de flatter les sentiments les plus bas… Ces sujets sont utilisés et détournés à des fins partisanes. Il peut être tentant d’utiliser politiquement ces sujets-là. Dans la période actuelle, Nicolas Sarkozy manque d’exigence en ce qui concerne les principes républicains : le refus de la discrimination, le principe d’égalité devant la loi… »

Hortefeux participe à « un Concours Lépine Judicaire »
L’ancien Premier ministre a également évoqué les propositions du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, en matière de Justice, à savoir l’introduction de jurés populaires dans les tribunaux correctionnels, et l’élection par le peuple des présidents de ces tribunaux, ainsi que des juges d’application des peines. « Avoir des présidents de tribunaux en campagne permanente, cela ôtera beaucoup de sérénité au travail de la Justice. Je crois que la tradition judiciaire française n’est pas celle-là. Brice Hortefeux a tort, dans une période difficile et dans une période qui est prompte à la division, de mettre ces sujets sur la table sans précaution. Le problème aujourd’hui est beaucoup plus dans l’aménagement des peines, le sens que l’on donne à la peine, la façon dont on applique nos lois… Beaucoup plus que d’aller chercher dans un Concours Lépine judiciaire de nouvelles idées qui n’ont pas d’autre vocation que de faire parler et de surenchérir. Je crois que nous sommes entrés dans une période de campagne d’autopromotion active de chacun des membres du gouvernement. Et cette période qui a été ouverte il y a plusieurs mois, et qui ne se terminera apparemment que fin novembre, est une période où le pays, la France, malheureusement, n’est pas gouverné » regrette Villepin.

Retraites : une réforme « peu conforme à l’exigence de justice que nous devons porter »
Le président de République Solidaire s’est abstenu de voter la réforme des retraites à l’Assemblée nationale et en a expliqué la raison : « Cette réforme n’est pas juste parce que le deuxième seuil, le passage de la retraite à taux plein de 65 à 67 ans va toucher les plus démunis, les plus précaires, ceux qui ont connu une carrière discontinue, en particulier les femmes. 50% des femmes seront amenées à partir à la retraite à 67 ans. Ceci me paraît peu conforme à l’exigence de justice que nous devons porter. Je crois qu’un équilibre peut être trouvé en acceptant de trouver une autre source de financement, plutôt que les 6 milliards attendus de ce deuxième seuil. Et à mon sens, il faut aller au-delà de l’effort qui a été proposé pour les plus riches, qui verront leur tranche de l’impôt sur le revenu passer de 40 à 41%. Et bien, il faut faire un effort supplémentaire pour financer ces 6 milliards. »

« Pas de Madame Bettencourt chez nous »
Villepin a enfin exposé sa vision de l’avenir et les grands principes de son nouveau mouvement : « L’idée de rassemblement que je veux porter permettrait de rassembler à la fois les gaullistes, les centristes, les radicaux, les démocrates chrétiens, les démocrates sociaux. C’est une idée de rassemblement qui va très au-delà de l’UMP actuelle. Tous ceux qui ne se retrouvent pas dans la politique menée aujourd’hui, tous ceux qui veulent faire des propositions constructives, doivent pouvoir se rassembler et parler d’une seule voix. Aujourd’hui, nous avons 12, 13 députés. Il en faut 15 et même un peu plus… Je souhaite passer d’une logique de division à une logique de rassemblement… Nous ne touchons pas un euro de l’UMP, pas un euro d’argent publique. Pas de Madame Bettencourt chez nous. Ce sont uniquement les cotisations des sympathisants et des soutiens qui acceptent de nous aider qui nous financent. »

Pour retrouver l'intégralité du podcast de l'interview de Dominique de Villepin chez Jean-Jacques Bourdin, cliquez ici.

bourdinandco