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Villepin évoque un financement illégal dans l'affaire Karachi

La déposition de Dominique de Villepin chez un juge, jeudi, confirme officiellement la piste d'une affaire de corruption remontant à 1995 et susceptible d'embarrasser la droite ainsi que Nicolas Sarkozy. /Photo prise le 25 septembre 2010/REUTERS/Benoît Te

La déposition de Dominique de Villepin chez un juge, jeudi, confirme officiellement la piste d'une affaire de corruption remontant à 1995 et susceptible d'embarrasser la droite ainsi que Nicolas Sarkozy. /Photo prise le 25 septembre 2010/REUTERS/Benoît Te - -

La déposition de Dominique de Villepin chez un juge ce jeudi, confirme officiellement la piste d'une affaire de corruption remontant à 1995 et susceptible d'embarrasser la droite ainsi que Nicolas Sarkozy.

Une telle déposition d'un ex-Premier ministre envisageant que des partis politiques aient pu se financer avec de l'argent détourné en marge de contrats d'armement est une "première" judiciaire en France, même si aucun nom n'est cité.

"Il s'agissait davantage de financement politique de tel ou tel parti soutenant la majorité du Premier ministre de l'époque (Edouard Balladur-NDLR) que d'un financement spécifique de la campagne présidentielle, d'autant qu'il était aisé d'imaginer qu'il avait pu être abondé par les fonds secrets de Matignon", a-t-il dit selon le procès-verbal, publié par Le Monde et le site internet d'information Mediapart.

Dominique de Villepin a été interrogé pendant plus de quatre heures par le juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke, qui tente de mettre au jour une éventuelle corruption en marge d'une vente de trois sous-marins au Pakistan en 1994.

L'arrêt en 1995 du paiement de certaines commissions de ce contrat, après la victoire de Jacques Chirac sur Edouard Balladur à la présidentielle, pourrait avoir un lien avec l'attentat de Karachi où ont péri en 2002 11 Français travaillant sur ces sous-marins au Pakistan.

L'évocation par Dominique de Villepin de l'usage des "fonds spéciaux" pour le financement politique est également exceptionnelle concernant un ancien chef de gouvernement.

Les fonds dit "spéciaux", ou "secrets" étaient des fonds publics en espèces mis jadis à disposition du chef du gouvernement et de ministres et censés servir au service public et au versement de primes à des collaborateurs de cabinet.

Leur usage n'a jamais été contrôlé et divers abus sont apparus. La pratique a été supprimée par le Premier ministre PS Lionel Jospin en 2001, sauf pour les services secrets.

LES ESPÈCES DE BALLADUR

Dominique de Villepin ouvre ainsi une possible explication, autre que la corruption, pour les 13 millions de francs en espèces (deux millions d'euros) versés aux comptes de campagne Balladur en 1995, selon des documents saisis par la justice au Conseil constitutionnel.

En 1995, Edouard Balladur expliquait qu'il s'agissait des recettes de ventes de T-shirts et de gadgets de sa campagne et cette année, devant les députés, il a évoqué des dons de sympathisants lors des meetings de campagne.

Dominique de Villepin a confirmé aussi devant le juge que l'arrêt de paiements à des intermédiaires avait été décidé par Jacques Chirac, en raison, faute de preuves formelles, de "très forts soupçons de commissions illégitimes, voire de rétrocommissions".

Une enquête des services secrets commandée par l'Elysée en 1995 avait jugé suspect, a-t-il dit, le recrutement in extremis, après la signature du contrat des sous-marins, d'un second réseau d'intermédiaires devant recevoir 33 millions d'euros de commissions, ce qui portait leur total à 84 millions.

"Ce réseau d'intermédiaires, imposé par le précédent ministère de la Défense (dirigé alors par François Léotard-NDLR), avait des liens avec des personnalités politiques françaises", a dit sur procès-verbal Dominique de Villepin.

Des écoutes téléphoniques réalisées par les services secrets prouvaient ces liens, selon lui. "Dans les noms évoqués, il y avait à la fois des ministres et des membres de l'entourage des ministres. Il s'agissait de ministres du précédent gouvernement et des membres de leur entourage", a expliqué Dominique de Villepin, sans citer de noms.

Des documents saisis par les juges démontrent la création au Luxembourg de deux sociétés, Heine et Eurolux, pour recevoir l'argent destiné à ce réseau, avec l'aval, selon un rapport de police luxembourgeois, d'Edouard Balladur et de Nicolas Sarkozy. Le président français conteste le rôle que ce rapport lui prête.

Dominique de Villepin doit être entendu la semaine prochaine par un autre juge, Marc Trévidic, plus spécifiquement chargé de l'enquête sur l'attentat. L'ex-secrétaire général de l'Elysée ne voit aucun lien possible avec l'arrêt des paiements.

Edité par Patrick Vignal