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Taubira raconte le "chantage" de certains députés pour que la PMA pour toutes ne figure pas dans sa loi en 2013

Christiane Taubira, le 29 janvier 2016.

Christiane Taubira, le 29 janvier 2016. - Jewel Samad - AFP

L'ancienne garde des Sceaux revient, ce mercredi, dans le magazine Têtu, sur les coulisses du vote du mariage pour tous en 2013. Elle dévoile notamment les tensions apparues autour de la PMA pour toutes.

Attaquée, sifflée, insultée... En 2013, Christine Taubira en a vu de toutes les couleurs au moment de la présentation du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe. Elle a pourtant réussi à le mener jusqu'au bout, sans flancher, permettant sa promulgation le 17 mai de la même année.

Si l'ancienne garde des Sceaux est souvent revenue sur cette période tumultueuse, elle a dévoilé au magazine Têtu, dans une interview qui paraît ce mercredi en kiosques, les coulisses de cette loi. Mais surtout les dissensions qui sont apparues concernant l'extension de la PMA à toutes les femmes, promesse de campagne de François Hollande qui devait au départ faire partie du même projet de loi, mais n'a été adoptée à l'Assemblée nationale que le 15 octobre dernier, dans le cadre du vote de la loi bioéthique.

"J'ai défendu la PMA! Mais je ne l'ai pas obtenue du gouvernement. Il faut savoir qu'il y avait des tensions terribles. Il y avait des gens très raides. Et le groupe socialiste s'est fendu en deux au moment de l'adoption du principe d'un amendement sur la PMA. Pas d'un amendement sur la PMA, mais juste d'un principe... Il y avait du chantage de députés, du style: 'J'accepte le mariage mais si vous ajoutez la PMA, je ne voterai pas'", raconte-t-elle dans les colonnes du magazine.

Christine Taubira ajoute même qu'on lui avait demandé de ne pas inclure le droit d'adopter pour les couples de même sexe car la société était "très énervée".

Une icône gay

L'écrivaine, dont le dernier livre, Nuit d'épine, avait été retenu dans la sélection finale du Grand prix du roman de l'Académie française, a également réagi à son statut d'icône gay, qu'elle incarne pour une grande partie de la communauté LGBT.

"Ça a de la gueule! Je suis comblée. Le nombre de personnes qui me témoignent leur affection est énorme, que ce soit en France ou ailleurs. Le foutoir que nous ont mis tous les hystériques a fait que la terre entière nous a regardés en 2013! Partout où je vais, les gens savent, et même les personnes homosexuelles d'autres pays", raconte-t-elle avec joie. 

"Depuis la loi, plus de personnes agressées portent plainte"

Questionnée sur une augmentation des actes homophobes depuis le vote du mariage pour tous, l'ancienne garde des Sceaux remarque que "depuis la loi, plus de personnes agressées portent plainte". Pour elle, "le travail est d'empêcher, de bâillonner, la violence. On doit tout mettre en oeuvre pour le permettre". 

"On ne peut pas empêcher les hystériques d'êtres hystériques, mais on doit les punir. Non, on s'énerve chez soi si on veut! On casse ses assiettes, on gueule, on crie sur sa terrasse! Mais on n'agresse pas", ajoute-t-elle avec humour.

Christine Taubira est, en tout cas, persuadée "qu'il n'est plus possible de tendre autant le débat qu'à l'époque".

Clément Boutin