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Reportée, la loi Travail reste contestée à gauche

Le projet de loi Travail sera présenté en Conseil des ministres le jeudi 24 mars au lieu du 9 mars, date initialement prévue. Faut-il y voir une victoire de ses détracteurs?

Le gouvernement a décidé de reporter de deux semaines la présentation du projet de loi contesté sur le Travail, pour retravailler le texte et répondre à la forte opposition des syndicats et d'une partie de la gauche. "Il faut lever un certain nombre d'incompréhensions, il faut expliquer, répondre à toute une série de fausses informations qui sont données sur ce texte", a fait valoir Manuel Valls.

Ce report avait été réclamé dimanche par le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger. "Nous allons maintenant nous battre dans la concertation pour obtenir un rééquilibrage du texte", a-t-il réagi lundi, demandant le retrait du plafonnement des indemnités prud'homales et de "revoir le cadre des licenciements économiques".

Pour Jean-Claude Mailly (Force Ouvrière) en revanche, "reporter n'est pas suspendre (...) Cela ne change rien".

Le Medef, lui, a mis en garde contre un "affadissement" du texte, tout en se réjouissant de la volonté de "faire de la pédagogie".

"Il faut une réécriture en profondeur"

A gauche, Jean-Luc Mélenchon a vu dans ce report une "première victoire" mais veut le retrait total du texte, comme le Parti communiste. Chez les socialistes frondeurs, la revendication oscille entre le retrait des dispositions les plus contestées et une "réécriture complète".

A l'aile gauche du PS, Christian Paul s'est félicité que "les coups d'arrêt que nous avons voulu donner ont porté", voyant dans ce report un "aveu du manque dramatique d'écoute et de dialogue social au cours des derniers mois".

Pour le député PS de la Nièvre, "le mieux aurait été de le retirer c'est peut-être d'ailleurs comme cela que les choses se termineront. En tout cas il faut une réécriture en profondeur".

"Le gouvernement ne pouvait pas poursuivre avec ce texte", a réagi sur BFMTV Benoît Hamon, qui n'a pas voulu dire pour sa part s'il y voyait ou non un recul du gouvernement.

La droite pointe un recul de plus

Soulignant que ce report intervient après le capharnaüm sur la déchéance de nationalité, l’opposition de droite pointe un recul de plus. Le député LR Thierry Solère voit pour ce texte un "renvoi aux calendes grecques". "Je crois que c'est la fin des réformateurs à gauche", en a-t-il conclu. Le député des Hauts-de-Seine a rappelé que son parti était pourtant prêt à voter "en l'état" la loi Travail.

Les Républicains se sont aussi gaussés, par la voix de leur porte-parole Guillaume Larrivé, de "l'implosion en direct de la majorité".

Le nom du projet toiletté

Le texte sera présenté en Conseil des ministres le jeudi 24 mars au lieu du 9 mars, date initialement prévue, et l'objectif reste une adoption du texte "avant la suspension estivale des travaux parlementaires", a confirmé Matignon.

Le chef du gouvernement consultera séparément, à partir de la semaine prochaine, l'ensemble des partenaires sociaux, syndicats et organisations patronales.

Il recevra aussi mardi les députés PS Christophe Sirugue, possible rapporteur sur ce texte, et Catherine Lemorton, présidente de la Commission des affaires sociales.

Au passage, le nom du projet a été toiletté, pour lui enlever une référence libérale: alors qu'il était un texte "visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs", il devient un avant-projet de loi "sur les nouvelles protections pour les entreprises et les salariés".

Selon une source gouvernementale, l'élargissement du licenciement économique et du plafonnement des indemnités prud'homales, les deux points les plus contestés, "doivent être dans le texte".

L'exécutif est prêt à discuter des "curseurs", c'est à dire des seuils de déclenchement ou des plafonds de ces mesures, même si cela pourrait attendre le débat parlementaire, selon cette source.

K. L.