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Répondre à Éric Zemmour ou l'ignorer? La macronie confrontée à un choix cornélien

La réponse de Marlène Schiappa à la dernière sortie du polémiste détonne avec la ligne tenue jusqu'ici par l'exécutif: celle de ne pas réagir - ou presque - aux polémiques et déclarations d'Éric Zemmour.

"Ne pas se laisser aller dans le commentaire permanent". Telle est la consigne qu'a donné Emmanuel Macron à ses équipes au début du mois d'octobre, dans un contexte où le nombre de sorties polémiques d'Éric Zemmour ne se chiffrait déjà plus.

"Les débats en cours vont finir par lasser les Français. Il ne faut pas se laisser emporter dans le commentaire permanent", jugeait alors le président.

Qu'à cela ne tienne. Marlène Schiappa semble avoir dérogé à la règle ce mercredi en répondant au polémiste qui s'amusait lors d'un salon sur la sécurité intérieure à diriger un fusil de précision vers des journalistes suivant son déplacement.

"Viser des journalistes avec une arme en leur disant 'reculez!' n'est pas drôle. C'est horrifiant. Surtout après avoir dit sérieusement vouloir 'réduire le pouvoir des médias'", a réagi la ministre sur Twitter. "Dans une démocratie, la liberté de la presse n'est pas une blague et ne doit jamais être menacée."

Qualifiant la ministre d'''imbécile", Éric Zemmour a répondu à nos confrères de l'AFP qu'"il n'y avait pas de message politique, pas de menace" derrière son geste. Réponse de Marlène Schiappa à cette réponse: "insulter et menacer ceux qui réagissent, à quel moment on s’inquiète?"

"C’est le bordel car il n’y a pas de consigne claire"

Le chef de l'État, lui, a toujours pris soin de ne pas nommer le polémiste lors de certaines de ses prises de parole. Fin septembre, Emmanuel Macron refuse de répondre à une question d’un journaliste à propos d’Éric Zemmour: "vous ne m'aurez pas". L’ignorer pour ne pas lui accorder trop d’importance: telle est la stratégie au sommet de l’État. Mais dès le lendemain, le même Emmanuel Macron, cette fois-ci à la BNF, évoque dans son discours la polémique sur les prénoms, lancée par le polémiste. 

"Notre identité ne s’est jamais bâtie ni sur le rétrécissement, ni à des prénoms ni à des formes de crispation", lance le président.

Alors, qui croire? Le président qui ne veut pas favoriser Eric Zemmour en lui répondant, ou celui qui s’en prend indirectement au pré-candidat?

"C’est le bordel car il n’y a pas de consigne claire. On ne sait pas si on doit répondre à Zemmour ou plutôt ne pas en parler", regrette en coulisses un cadre de La Republique en Marche.

"On lui sert la soupe"

Face à ce flou, trois camps se sont formés - et s'opposent - en macronie. D’abord ceux qui estiment qu’il ne faut pas répondre aux frasques du polémiste.

"Ce qu’a fait Schiappa aujourd’hui, c’est n’importe quoi! On lui sert la soupe", s’étrangle un membre de l’exécutif. Une ministre abonde: "arrêtons de lui répondre! Point!"

Puis, il y a ceux qui veulent déjà croiser le fer. "Arrêtons de se mentir, il est candidat et dangereux. Donc controns-le!", dixit un ténor de la majorité.

Répondre à ses thématiques sans lui répondre

Enfin, ceux qui cherchent une ligne médiane. Lui répondre sur le fond, oui, mais pas sur les polémiques.

"On est en train de reprendre ses déclarations une par une et ses propositions pour le contrer sur le fond, pas sur des postures. Pour le moment, il joue au tennis dans le vide. On lui répondra quand il sera candidat", prévient un conseiller ministériel, pour qui "ce serait une erreur d'utiliser nos cartouches maintenant."

Un proche du président confirme: "Zemmour flatte les bas instincts de peur, de ceux qui pensent qu’on n’est plus dans une France en paix et sécurisée. C’est très difficile à contrer. On ne peut pas laisser ce sentiment-là sans réponse. Il faut répondre à ce sentiment mais sans lui répondre à lui." 

Sans directive et stratégie claires, l’exécutif tergiverse. Preuve que sur ce sujet Zemmour, comme sur d’autres, quand le chef n’est pas clair, c’est toute la macronie qui doute et qui vacille.

Thomas Soulié et Hugues Garnier