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Règlements de comptes entre socialistes après le vote du budget

Benoît Hamon et Aurélie Filippetti se sont abstenus lors du vote du Budget 2015 mardi.

Benoît Hamon et Aurélie Filippetti se sont abstenus lors du vote du Budget 2015 mardi. - Thomas Samson - Fred Dufour - AFP

Partis du gouvernement le 25 août dernier, les deux ministres sont redevenus députés, mais n'ont pas l'intention de suivre à la lettre les consignes de vote. Lors du vote du budget, ils se sont abstenus. Leurs critiques agacent les responsables du parti.

Le torchon brûle au PS. En moins de 24 heures, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti se sont attirés les foudres des responsables du parti, qui apprécient peu le manque de soutien des deux anciens ministres.

> Jeu musclé dans les matinales

Mercredi matin, la guerre a commencé dès les matinales radio. C'est Benoît Hamon qui a lancé l'offensive, en affirmant que la politique de l'exécutif "menace la République" et mène vers un "immense désastre démocratique" en vue de 2017. "Cette politique, "parce qu'elle réduit les capacités d'intervention de la puissance publique, "menace la République.

"Et la menace de la République, c'est la préparation tout droit, comme on s'y prépare pour 2017, d'un immense désastre démocratique", soit "non seulement l'arrivée au second tour de la présidentielle de Marine Le Pen sans coup férir, mais en plus la menace que demain, elle dirige le pays", a-t-il lancé sur RFI.

> La remise en place

L'attaque a été peu appréciée par les responsables du PS. Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture et porte-parole du gouvernement, n'a pas apprécié la sortie de Benoît Hamon: "il est allé trop loin", a-t-il déclaré sur BFMTV. "Il serait cohérent qu'il quitte le PS."

Ce que Benoît Hamon ne fera pas: "je ne quitterai pas le PS", a-t-il indiqué sur France Info à la mi-journée. "Je regrette la polémique, elle me semble inutile mais ma cohérence veut que je dise la même chose au gouvernement au moment où j'en sors qu'aujourd'hui."

Un peu plus tôt, le coup de semonce est venu de Jean-Christophe Cambadélis. Le premier secrétaire du PS a fustigé l'attitude de Benoît Hamon, mais aussi d'Aurélie Filippetti mardi à l'Assemblée: tous deux comptent parmi les 39 abstentionnistes lors du vote du budget 2015. Une attitude que le patron du PS a qualifiée de "déplorable" et "pas loyale". "Ce n'est pas loyal par rapport à son camp, ce n'est pas une bonne image par rapport à la politique", a-t-il insisté sur RTL. Ce à quoi Aurélie Filippetti a répondu sèchement n'avoir "aucune leçon à recevoir de qui que ce soit. Je dois des comptes à mes électeurs et aux Français", a ajouté l'ancienne ministre de la Culture.

> Le Budget, sujet à débats

Si le ton monte entre le Parti socialiste et ses anciens ministres, c'est parce qu'Aurélie Filippetti, Benoît Hamon et Delphine Batho ont franchi le Rubicon en refusant de voter la partie recettes 2015 du Budget, adopté à une courte majorité mardi soir, avec 266 voix contre 245. Les trois ministres comptent parmi les 39 abstentionnistes socialistes.

Si dans les critiques de la direction du PS, l'accent est mis sur Benoît Hamon et Aurélie Filippetti, c'est notamment parce qu'il leur est reproché d'avoir accepté les arbitrages du mois de juillet avant leur départ du gouvernement. "Ceci pose un problème éthique", a même insisté Jean-Christophe Cambadélis - Aurélie Filippetti précise de son côté avoir approuvé la partie dépenses, et non la partie recettes - celle précisément sur laquelle elle s'est abstenue.

Aurélie Filippetti et Benoît Hamon ont quitté le gouvernement de Manuel Valls le 25 août, en solidarité avec Arnaud Montebourg, le ministre de l'Economie limogé pour avoir critiqué l'orientation sociale libérale de l'exécutif. Delphine Batho, elle, avait été débarquée en juillet 2013 pour avoir jugé le budget de son ministère insuffisant.

Ariane KUJAWSKI