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Racisme en France: Benzema s'attire les foudres de la classe politique

A droite comme à gauche, la classe politique fait front pour dénoncer les propos de Karim Benzema, qui accuse Didier Deschamps d'avoir "cédé à la pression d'une partie raciste de la France" parce qu'il ne l'avait pas sélectionné pour l'Euro.

"Insupportable" pour François Fillon, "inacceptable" pour Nathalie Kosciusko-Morizet, "carton jaune" pour Jean-Marie Le Guen: la classe politique condamne les propos de Karim Benzema, selon qui Didier Deschamps a "cédé à la pression d'une partie raciste de la France" en ne le sélectionnant pas pour l'Euro-2016.

Lors du compte-rendu du Conseil des ministre, le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll a évoqué "une polémique qui n'a pas lieu d'être". "Ce que je sais, c'est que Didier Deschamps a fait des choix en fonction de sa stratégie. On ne peut pas lui faire le reproche", a-t-il estimé. 

Kanner: "Arrêtons la polémique qui n'a pas lieu d'être"

Un peu plus tôt, à la sortie du Conseil des ministres, son homologue des Sports Patrick Kanner avait condamné des propos "pas acceptables":

"Je peux comprendre le dépit ou la déception de [Karim] Benzema mais en aucun cas ses propos ne peuvent être acceptables par rapport à ce qu'est la personnalité et aussi les choix sportifs qui ont été ceux de [Didier] Deschamps". 

"Je demande du calme, je demande qu'on se concentre sur la compétition et qu'on se rassemble surtout derrière les Bleus. C'est ce qu'attendent aujourd'hui les 23 sélectionnés, ce sera ma préoccupation dans les jours qui viennent. Arrêtons la polémique qui vraiment n'a pas lieu d'être", a poursuivi le ministre des Sports.

BLM: "La France n'est pas un pays raciste"

Le secrétaire d'Etat aux Sports, Thierry Braillard, avait dénoncé un peu plus tôt sur BFMTV "des propos injustifiés et inacceptables", jugeant lui-aussi qu'ils avaient été prononcés par rancoeur. "Il n’y a qu’à voir la sélection de l’équipe de France aujourd’hui", a-t-il plaidé, rappelant que de nombreux joueurs étaient "issus de l’immigration".

Toujours sur notre antenne, Bruno Le Maire, candidat à la primaire de droite en vue de la présidentielle de 2017 a apporté son soutien à l'entraîneur de l'équipe de France. "Je déplore ces propos, ces déclarations à l'emporte-pièce qui visent tout et personne, la France n’est pas un pays raciste", a-t-il déclaré ce mercredi matin. 

NKM: "C'est l'image de l'équipe de France qui est en cause"

"Je trouve ça insupportable. D'abord parce que le sélectionneur est souverain dans ses choix. Ensuite parce que le fait de ramener en permanence les problèmes du pays à des questions de race, de religion, d'ethnies et de communautés n'est pas un signe de bonne santé", a déclaré sur RTL l'ancien Premier ministre François Fillon (LR), lui aussi candidat à la primaire de la droite.

"C'est inacceptable, parce que la question de la discrimination, la question du racisme sont des sujets sérieux qui n'ont pas à être instrumentalisés dans un conflit personnel", a jugé sur France Info Nathalie Kosciusko-Morizet (LR), candidate, elle aussi, à la primaire. "Et puis c'est pire que ça, parce que c'est l'image de la France, c'est l'image de l'équipe de France qui sont en cause. L'équipe de France, il n'y a qu'à la regarder, le sélectionneur, la Fédération ne sont pas susceptibles d'être accusés de racisme". 

Jean-Marie Le Guen: "Carton jaune"

"Non Karim Benzema, la France n’est pas raciste, elle ne supporte plus ceux qui lui crachent dessus ou la piétinent", s'offusque Nadine Morano sur sa page Facebook. "Plutôt que de faire un procès déplacé et grotesque au sélectionneur de l’équipe de France, Karim Benzema ferait mieux de regarder la réalité en face et de s’interroger sur son comportement. L’honneur de porter le maillot bleu engage au-delà du terrain de foot !", ajoute cette autre candidate à la primaire de la droite. 

Sur Radio Classique et Paris Première, Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, a appelé à "un peu de respect", à jouer "fair-play". "Ne rentrons pas dans une dramaturgie. Je pense que Benzema, chacun le comprend bien, parle aux Espagnols pour expliquer ne pas avoir été retenu dans les conditions que l'on sait", a-t-il dit. "C'est un peu une utilisation. Je trouve ça dommage". "C'est quand même incroyable. On peut ne pas être d'accord avec Didier Deschamps. Mais est-on obligé... Carton jaune, quoi", a commenté Jean-Marie Le Guen à propos des accusations de Benzema, mais aussi celles de l'ex-international Eric Cantona et de l'humoriste Jamel Debbouze.

Enfin, Nathalie Iannetta, conseillère sports de François Hollande, a rappelé "à toutes fins utiles" sur Twitter "que la seule couleur de l'équipe de France, c'est le bleu". Seul le député PS "frondeur" Benoît Hamon ne condamne pas publiquement les propos du joueur: pour lui, Benzema a raison de dénoncer "le sale climat dans ce pays sur ces questions-là". 

C. P. avec AFP