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Prime, recrutement de policiers et d'enseignants... Comment l'Etat veut venir en aide à la Seine-Saint-Denis

Saint-Denis (photo d'illustration)

Saint-Denis (photo d'illustration) - CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Edouard Philippe va détailler ce jeudi 23 mesures pour la Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre de France. Le gouvernement s'appuie sur un rapport parlementaire de 2018 qui alertait sur les inégalités de traitement à l'égard de ce département.

23 mesures pour la Seine-Saint-Denis. Le Premier ministre Edouard Philippe et plusieurs membres du gouvernement sont attendus ce jeudi matin dans le département pour détailler une batterie de mesures destinées à améliorer la situation en Seine-Saint-Denis.

Dans ce département, le plus pauvre de France, les attentes sont grandes. Car de l'école à la justice en passant par la police, le département reste sous-doté par rapport aux autres. En 2018, un rapport parlementaire avait mis en lumière ces inégalités de traitement. Un rapport auquel le gouvernement tente de répondre aujourd'hui dans plusieurs domaines.

  • Des recrutements pour la police et la justice

Le constat du rapport. La Seine-Saint-Denis affiche le taux de criminalité le plus important de France métropolitaine. A titre d'exemple, 18% des faits de trafic et revente de stupéfiants commis en France l'ont été en Seine-Saint-Denis. En Ile-de-France, les habitants du départements sont les plus enclins à éprouver un sentiment d'insécurité (61,7% contre 55,3% pour la région).

"Ce climat particulier nourrit l'attitude très critique des habitants du département à l'égard du 'service rendu' par les forces de sécurité", note le rapport.

"Si l'image de la police est détériorée en Seine-Saint-Denis, celle de la justice est également atteinte" poursuit le rapport, mettant en cause les délais de justice qui créent "un sentiment d'impunité des délinquants". A Aubervilliers par exemple, le délai d'audiencement est de douze mois contre deux mois à Paris. Toujours à Aubervilliers, la durée moyenne de traitement des affaires du tribunal d'instance est de 8,6 mois contre 4,4 mois au tribunal d'instance du 18e arrondissement de Paris. 

La réponse du gouvernement. Côté police, le gouvernement souhaite recruter 50 policiers supplémentaires à répartir à Saint-Denis et La Courneuve. D'ici 2021, le plan de l'Etat prévoit le déploiement de 100 postes d'officiers de police judiciaire supplémentaires. Il est aussi prévu de rénover les commissariats d'Aulnay-sous-Bois et Épinay d'ici 2023, pour un budget de 30 millions d'euros. 

Concernant la justice, l'objectif du gouvernement est de permettre d'accélérer la chaîne judiciaire. Pour y parvenir, 35 postes de greffiers et 12 postes de magistrats vont être créés. 

  • Une prime pour fidéliser les fonctionnaires

Le constat du rapport. Que ce soit dans l'éducation, de la justice ou de la police, le rapport parlementaire mettait en cause le "turnover" des fonctionnaires: 37,7% des professeurs des écoles primaires restent par exemple moins de deux ans dans leur établissement, contre 26,5% en France. Du côté des professions judiciaires, chaque année, le TGI de Bobigny renouvelle d'un tiers des effectifs des magistrats du siège, un phénomène qui a pour conséquence de ralentir le traitement des dossiers.

Au turnover s'ajoute l'inexpérience des agents: le territoire étant peu attractif, ils sont nombreux à sortir tout juste de l'école. Concernant les enseignants, leur inexpérience est "source de difficultés pédagogiques; leur autorité y est contestée par les élèves", indique le rapport. 

La réponse du gouvernement. L'exécutif souhaite fidéliser les fonctionnaires en leur accordant une prime de 10.000 euros à condition de rester au moins cinq ans en poste. Cette prime, qui pourrait être mise en place au premier semestre 2020, a pour double objectif de répondre au problème du turnover et l'inexpérience des fonctionnaires.

  • Des investissements contre les difficultés à l'école

Le constat du rapport. Outre l'inexpérience des enseignants, le rapport relève "une forme subie d'exclusion scolaire: l'absence d'enseignant devant les élèves".

"En dépit des postes créés, la continuité de l'enseignement n'est toujours pas assurée en Seine-Saint-Denis", écrivent les parlementaires, une situation qui "compte tenu des difficultés des élèves (...) est plus dommageable qu'ailleurs".

Les différentes politiques prioritaires éducatives de ces dernières années ont par ailleurs eu des "résultats faibles ou limités". 

La réponse du gouvernement. Là encore, l'objectif est de fidéliser les enseignants. Un dispositif de "pré-recrutement" de 500 enseignants va être mis en place. Il s'agira de financer les études d'étudiants boursiers de Seine-Saint-Denis qui s'engagent en retour à travailler dans le département. 

En parallèle, 20 millions d'euros seront "fléchés par la région" pour financer des investissements immobilier dans le cadre du dédoublement des classes de CP et CE1 en zone d'éducation prioritaire.

  • Des contrôles renforcés contre les logements indignes

Le constat du rapport. "L'habitant privé dégradé joue le rôle de parc social en Seine-Saint-Denis et constitue une cible de choix pour les marchands de sommeil", souligne le rapport. Le taux de logements privés potentiellement indignes atteindrait 7,5% en Seine-Saint-Denis avec des pointes de 20 à 40% dans certains de quartiers près de Paris. 

La réponse du gouvernement. L'exécutif propose de recruter cinq inspecteurs en charge du logement indigne. Actuellement, ils ne sont que deux en poste pour contrôler ces logements.

Carole Blanchard