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Primaire UMP: la guerre des chefs a commencé

Nicolas Sarkozy et Alain Juppé lors du meeting de l'ancien président à Bordeaux le 22 novembre dernier

Nicolas Sarkozy et Alain Juppé lors du meeting de l'ancien président à Bordeaux le 22 novembre dernier - Jean-Pierre Muller - AFP

Avant même l'élection du président de l'UMP samedi prochain, la droite a replongé dans une "guerre des chefs". Cette fois, elle oppose Nicolas Sarkozy à Alain Juppé. En ligne de mire: déjà 2017.

La guerre à droite (re)commence. Si l'élection samedi prochain de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP semble acquise, l'étape suivante est déjà dans toutes les têtes: qui, de l'ancien Président ou d'Alain Juppé, représentera la droite à la présidentielle de 2017?

François Fillon et Xavier Bertrand, les autres candidats déclarés à la primaire, n'apparaissent pas, pour le moment du moins, en situation de les concurrencer et de s'inviter dans ce duel qui s'inscrit dans la lignée des rivalités Chirac-Balladur, Sarkozy-Villepin ou encore Chirac-Giscard. 

Une "primaire" vraiment ouverte?

Le top départ de la bataille a été donné samedi à Bordeaux, quand Alain Juppé s'est fait huer lors d'un meeting de Nicolas Sarkozy, pour avoir parlé du "rassemblement de la droite et du centre" en vue d'"une "primaire ouverte". C'est-à-dire notamment avec le MoDem de François Bayrou, détesté par les sarkozystes depuis qu'il a apporté son soutien à François Hollande en 2012.

Trop tôt, trop fort ? Le maire de Bordeaux a voulu calmer le jeu, en assurant lundi sur son blog avoir "vu pire". Plus tard, lors d'un point de presse en sa mairie, il a exclu de s'être fait piéger. "Il n'y avait pas de traquenard du tout", a-t-il dit. Il réclame néanmoins des "clarifications" à la future direction sur une alliance avec le centre et le degré d'ouverture des primaires.

De leur côté, les deux concurrents de Nicolas Sarkozy à la présidence de l'UMP en ont profité pour égratigner la posture de rassembleur de l'ancien chef d'Etat. "Spectacle consternant", a réagi Bruno Le Maire.

L'ancien ministre de l'Agriculture, qui fait désormais jeu égal avec Nicolas Sarkozy auprès des sympathisants de droite, selon un sondage publié lundi, "pense" pouvoir l'emporter, même si seuls les militants, majoritairement sarkozystes, seront appelés à voter le 29 novembre. "Le meilleur rempart contre la guerre des chefs, c'est un homme neuf à la tête de l'UMP", veut convaincre Bruno Le Maire. 

Juppé pas découragé

Le maire de Bordeaux, désormais personnalité de droite préférée des Français (pour le magazine GQ, il est même "l'homme de l'année") a peut-être été surpris mais nullement découragé par les sifflets.

"Vous me connaissez, et je ne me laisse pas pour ma part impressionner par des mouvements de foule", a-t-il lancé devant Nicolas Sarkozy, accusé de s'être prononcé le 15 novembre pour "l'abrogation" de la loi sur le mariage homosexuel, sous la pression des militants de l'association Sens commun devant lesquels il s'exprimait.

Depuis, Gilles Boyer, son bras droit, a pris le relais. Les sifflets de Bordeaux? "Une journée fondatrice" pour son patron, assure-t-il. "C'est toujours risqué de renforcer la détermination d'un rival", ajoute-t-il sur twitter.

Dès le lendemain, le même affiche son soutien, toujours sur le réseau social et "à titre personnel", à Bruno Le Maire pour la présidence de l'UMP. Alain Juppé ne peut faire de même, sa qualité de coprésident par intérim de l'UMP l'obligeant à une stricte neutralité.

"Irréconciliable"

L'union éventuelle avec le centre s'annonce donc comme un des principaux enjeux de la primaire à droite. Certains dans ce camp y voient la "seule" possibilité de battre la gauche et de barrer la route à Marine le Pen au second tour de 2017. Pour les sarkozystes, c'est exactement le contraire.

Nicolas Sarkozy sait le risque qu'il prendrait à accepter une primaire "ouverte", y compris à un centre décidé - comme d'ailleurs une partie non négligeable de la droite - à l'empêcher de retourner à l'Elysée.

D'ailleurs, si l'ancien Président répète au fil de ses meetings, qu'il y aura bien une "primaire", il se garde d'y accoler le qualificatif "ouverte". "La stratégie d'Alain Juppé et Nicolas Sarkozy est irréconciliable (...) il y aura deux candidats de droite aux élections présidentielles", pronostique Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste.

M.G. avec AFP