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UMP: derrière les sifflets contre Juppé, le casse-tête du rapprochement avec le centre

François Bayrou et Alain Juppé pourraient s'allier en vue de 2017

François Bayrou et Alain Juppé pourraient s'allier en vue de 2017 - GAIZKA IROZ - AFP

Alain Juppé s'est fait copieusement sifflé, samedi lors du meeting de Nicolas Sarkozy à Bordeaux, alors qu'il évoquait un rapprochement avec le centre. Derrière la bronca des militants UMP se cache une fracture idéologique au sein du parti qui ne date pas d'hier, et qui aura son importance pour 2017.

Le mariage est synonyme de tensions à l’UMP. Une semaine après celui des couples homosexuels, c’est celui de leur famille politique avec le centre qui a mis les militants UMP en colère, samedi à Bordeaux. Evoquant la future primaire à droite, Alain Juppé a essuyé les sifflets de militants pro-sarkozystes dès lors qu’il a mentionné les centristes.

Cette relation "amour-haine a toujours existé à droite, analyse Pascal Perrineau, politologue au centre de recherches de Sciences Po Paris, pour BFMTV.com. L’UMP a donné l’impression d’une union mais chacun a gardé ses sensibilités comme au temps du RPR et de l’UDF." 

Le combat qui a opposé Edouard Balladur à Jacques Chirac avant la présidentielle de 1995 reste l'un des affrontements célèbres entre ces deux sensibilités, et se basait "sur les mêmes tiraillements". Le politologue Thomas Guénolé rappelle aussi les Etats généraux sur l'immigration de 1990 où "Nicolas Sarkozy était en pointe, avec des idées très droitières". Deux ans plus tard, certains membres de l'UDF avaient fait alliance avec les listes PS de François Mitterrand lors des cantonales et des régionales.

L'UMP en manque de "clarification"

Comme au sein de la droite auparavant, l'UMP connaît aujourd'hui des dissensions entre ces deux idéologies. Et ces clivages s'exacerbent dans des domaines bien précis qui font pencher la balance du côté du centre ou... de l'extrême droite. "L’immigration, la position vis-à-vis de l’Islam ou encore le mariage pour tous" sont autant de points de fractures qui peuvent être un moteur ou un frein en fonction des sensibilités, analyse Thomas Guénolé, auteur de Nicolas Sarkozy, chronique d’un retour impossible. Les positions divergentes de l'ancien président et d'Alain Juppé sur le mariage homosexuel n'en sont qu'une nouvelle démonstration.

Il y a donc urgence à éclaircir la ligne politique de l'UMP, comme l'a souligné Alain Juppé lundi, en revenant sur les sifflets dont il a été la cible samedi soir. Car de cette clarification dépendra non seulement l'unité au sein du parti, mais aussi, et surtout, les premières cartes qui seront jouées en 2017. Pour cette échéance, Alain Juppé prône un rassemblement au centre. Une main tendue déjà acceptée par François Bayrou qui se dit "prêt à aider". "Les hommes sont proches et la démarche sincère", juge Pascal Perrineau.

Deux attitudes face à Bayrou

Un arrangement qui ne tiendrait toutefois plus en cas de candidature de Nicolas Sarkozy, notent les experts. "La situation est limpide: si Nicolas Sarkozy prend le dessus à l’UMP, François Bayrou sera candidat pour le faire battre", renchérit Thomas Guénolé. Il faut dire que la personnalité clivante de Nicolas Sarkozy attise les débats. Quand Alain Juppé se montre "plus progressiste sur les questions de société", Nicolas Sarkozy se démarque par ses propositions sécuritaires et identitaires. 

Et dans l’esprit de ses fidèles, la blessure de la dernière présidentielle est encore vive. Le désistement du centre a "fait perdre Nicolas Sarkozy en 2012" face à François Hollande, remarque Pascal Perrineau. François Bayrou occupe même une place de choix: celle du traître. Après avoir flirté avec Ségolène Royal en 2007, il avait en effet appelé à voter pour François Hollande en 2012 face à Nicolas Sarkozy.

Allié pour Alain Juppé, traître pour Nicolas Sarkozy, la relation à François Bayrou résume à elle seule la fracture qui sépare les deux camps au sein de l'UMP. Mais, comme le rappelle Thomas Guénolé, "le mode de scrutin à deux tours rend obligatoires les accords entre formations politiques" lors de la présidentielle. Comprendre: quel que soit le candidat, il ne pourra faire sans quelques arrangements.

Au jeu des calculs pour 2017, Nicolas Sarkozy semble, lui, privilégier une autre voie. "Nicolas Sarkozy penche vers le FN", note Thomas Guénolé, rappelant la main tendue de 2012. Car à l'UMP, la question de la compatibilité idéologique se pose aussi avec le Front national.

Samuel Auffray