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L'UMP face au malaise des sifflets contre Alain Juppé à Bordeaux

Nicolas Sarkozy et Alain Juppé à Bordeaux, le 22 novembre 2014.

Nicolas Sarkozy et Alain Juppé à Bordeaux, le 22 novembre 2014. - BFMTV

Bruno Le Maire a condamné lundi matin les sifflets qui ont visé Alain Juppé lors d'un meeting de Nicolas Sarkozy à Bordeaux, samedi. Il faut dire que la scène a fait réagir dans les rangs de l'UMP.

Deux images resteront du meeting de Nicolas Sarkozy à Bordeaux, samedi. Celle des sifflets, nourris, contre Alain Juppé, pourtant dans son fief, à l'évocation d'un rapprochement avec le centre et d'une primaire à droite en 2016. Celle du silence de Nicolas Sarkozy ensuite, qui regarde sans réagir cette bronca contre son rival annoncé à droite pour 2017.

Face à ce point de rupture qui restera, l'UMP semble divisée jusque dans l'interprétation de ce qui s'est joué dans cette salle du Hangar 14, dans une ambiance surchauffée.

> Un "spectacle consternant" pour Bruno Le Maire

"L'image franchement n'est pas bonne, elle est même détestable, parce qu'on donne l'image d'une famille divisée et immature au moment où le pays ne va pas bien". De l'aveu même de Pierre Lellouche, député UMP de Paris, la scène qui s'est jouée samedi soir ternit durablement l'image du parti. Un constat partagé par de nombreux membres de l'UMP, dont Bruno Le Maire, rival de Nicolas Sarkozy dans la course à la présidence du parti, qui estimait dès dimanche sur BFMTV que "cela n'aurait pas dû se produire".

Ces sifflets "donnent un spectacle consternant de la droite. Nous sommes en train de retomber dans le vieux piège mortel de la droite qui est la guerre des chefs, avec le retour des clans, des divisions, des combats de personnes alors que nous devrions avoir un combat d'idées", a-t-il poursuivi, lundi matin sur France Inter.

Et le député de l'Eure d'en profiter pour lancer une pique à Nicolas Sarkozy. "Là où je suis un peu surpris des sifflets c'est qu'après tout, cette idée de grand rassemblement sans clivages de gauche ni de droite, où l'UMP absorberait l'UDI et se reconstituerait en une espèce de grande formation un peu nébuleuse, c'est l'idée de Nicolas Sarkozy", a observé son ancien ministre. 

> Des sifflets adressés à Bayrou, selon Morano et Hortefeux

De leur côté, les soutiens de Nicolas Sarkozy réfutent tout "piège" tendu à Alain Juppé. "Comment peut-on penser qu'il y a un piège lorsque l'on s'adresse aux adhérents, aux sympathisants, aux militants de sa propre région et de sa propre commune?", s'est interrogé Brice Hortefeux, renvoyant le débat à la proposition d'Alain Juppé d'un rassemblement de la droite et du centre.

En clair, ce n'est pas Alain Juppé mais son idée qui a été vilipendée par la foule, samedi. "Moi, j'y étais, c'était une salle de militants UMP de Bordeaux, de la fédération de Gironde, d'Aquitaine. Et c'est tout simplement une salle qui a réagi, et mal réagi, sur la question du dialogue avec le centre, pour des raisons assez régionales parce qu'une partie de l'UMP là-bas vit particulièrement mal localement la question de l'alliance avec François Bayrou", a emboîté Nathalie Kosciusko-Morizet. "Je n'ai pas aimé ce moment, j'ai trouvé cela vraiment regrettable, (...). mais je trouve que l'interprétation qui en est donnée est un peu excessive." 

Une position également défendue par Nadine Morano sur BFMTV, lundi matin. "Je n'ai pas été choquée. Ce n'est pas Alain Juppé qui a été sifflé mais l'idée des primaires, et l'idée d'un rapprochement avec le centre", a ainsi assuré l'eurodéputée. "Cette scène aurait pu se dérouler partout ailleurs dans nos fédérations", a-t-elle poursuivi. "Dès qu'on évoque l'union de la droite et du centre et qu'il y a une référence à François Bayrou, je peux vous dire que cela donne une réaction de même nature partout et dans toutes les salles. Il ne faut pas oublier que François Bayrou est responsable de la déconfiture dans laquelle nous sommes."

A l'UMP de trancher rapidement la question du rapprochement avec le centre, donc, sous peine d'apparaître de nouveau divisée, et fragilisée.

S. C.