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Polémique autour d'une école musulmane à Albertville: l'association Millî Görüs défend son projet

Fatih Sarikir, président de la Confédération islamique Millî Görüs France et secrétaire général du Conseil français du culte musulman, était l'invité de notre émission 120% News ce lundi soir. Il a réagi à la polémique que soulève le projet de son association de construire une école musulmane hors contrat à Albertville, en Savoie.

Une nouvelle fois, un dossier local monté autour d'un projet de l'association Millî Görüs, liée à la diaspora turque, s'invite sur la scène nationale. Quelques jours après que la question de subventionner la construction d'une mosquée pilotée par l'organisation, à Strasbourg, a agité la classe politique, c'est à présent la volonté de Millî Görüs de construire une école privée musulmane à Albertville, en Savoie, qui soulève la controverse.

Mardi dernier, le tribunal administratif de Grenoble a annulé le refus du permis de construire formulé en 2019 par le maire d'Albertville, Frédéric Burnier-Framboret. Gérald Darmanin a par ailleurs annoncé ce lundi l'introduction par le gouvernement d'un amendement au projet de loi séparatisme, actuellement examiné par les sénateurs. Ce nouveau texte vise à permettre aux préfets de s'opposer à l'ouverture d'établissements scolaires hors contrats et témoignant d'une tentative d'ingérence étrangère.

Fatih Sarikir, président de la Confédération islamique Millî Görüs France et secrétaire général du Conseil français du culte musulman, était l'invité de notre émission 120% News ce lundi soir. Il a défendu l'association qu'il représente, son projet d'école à Albertville et a assuré que cet amendement n'était pas de nature à inquiéter Millî Görüs.

"Nos écoles sont inspectées chaque année"

"Nous avons déjà des écoles privées, hors-contrat malheureusement, car nous souhaitons qu’elles passent sous contrat, mais il faut des conditions pour cela", a-t-il d'abord remarqué. Il a notamment été interrogé au sujet des propos tenus dans l'après-midi auprès de BFMTV par Laurent Wauquiez, président du Conseil régional de l'Auvergne-Rhône-Alpes. Celui-ci avait assuré:

"Le projet est de construire une école hors contrat dont l’objectif affiché est de soustraire les familles turques à l’influence de la France. On a payé suffisamment cher nos lâchetés, nos aveuglements, notre absence de lucidité par rapport à l’islamisme politique pour ne pas accepter en plus des projets comme celui-là."

Fatih Sarikir a rétorqué: "Nous sommes inspectés chaque année de manière inopinée. Nous suivons scrupuleusement le programme de l’Éducation nationale. Dans certains de nos écoles, dont une que je dirige, on n’enseigne même pas la langue turque." "Sur 28 heures en moyenne de cours dispensés, il y a deux à trois heures d’enseignement religieux à proprement parler, un enseignement d’ailleurs optionnel", a-t-il ajouté.

Un amendement "inutile" selon le responsable de Millî Görüs

Malgré tout, la construction de cette école à Albertville pourrait être bloquée par l'amendement introduit au projet de loi séparatisme par le gouvernement devant le Sénat.

"Le gouvernement a déposé un amendement qui vise à lutter contre les ingérences étrangères par l’intermédiaire d’ouverture d’écoles hors contrat. Avec cet amendement, le préfet pourra s’opposer à l’ouverture d’un établissement scolaire pour des motifs tirés des relations internationales de la France ou de la défense de sa souveraineté", a lancé la place Beauvau ce lundi dans un communiqué. Et l'association de Fatih Sarikir est explicitement ciblée par le texte du ministère de l'Intérieur qui pose encore: "Cet outil législatif nouveau permettra de s'opposer à l'ouverture d'écoles comme celle d'Albertville par le Millî Görüs".

Le cadre de Millî Görüs interviewé par notre antenne a affirmé que l'initiative était à ses yeux "inutile". "Quand vous voulez ouvrir une école, le préfet a déjà le droit de s’y opposer. Quatre institutions de l’État doivent valider l’ouverture. Le procureur de la République, le préfet, le maire et le rectorat, qui doit donner son autorisation", a-t-il avancé. "Mais nous n’avons pas de problème avec ça, comme nous ne représentons pas d’État étranger", a conclu Fatih Sarikir.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV