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Cazeneuve distille sa volonté d'être "utile" aux socialistes, qui présagent son retour

Bernard Cazeneuve, le 19 octobre 2016.

Bernard Cazeneuve, le 19 octobre 2016. - Alain Jocard - AFP

Lors d'un dîner avec les sénateurs du groupe socialiste, l'ancien Premier ministre de François Hollande a donné des pistes sur un éventuel retour dans l'arène.

Près de deux ans après avoir quitté Matignon (et la politique), Bernard Cazeneuve mûrit un retour, a minima, dans le débat public. Selon des propos rapportés jeudi par Le Figaro puis confirmés à l'Agence France-Presse (AFP), l'ex-Premier ministre a confié à des sénateurs socialistes vouloir se mettre "au service du collectif" pour que la gauche puisse "retrouver une espérance".

"Je veux être utile", a déclaré Bernard Cazeneuve au cours d'un dîner mercredi soir au Sénat, qui a rassemblé une cinquantaine de personnes. Selon plusieurs participants, l'intéressé s'est montré très critique vis-à-vis d'Emmanuel Macron, estimant que ses "petites phrases" avaient eu des "conséquences très lourdes"

L'ancien maire de Cherbourg-Octeville a également exprimé sa volonté de ne rien céder sur la "justice sociale".

Distances avec Olivier Faure

Âgé de 55 ans, Bernard Cazeneuve a aussi pris ses distances avec le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, dont il désapprouve la volonté de dresser l'inventaire du quinquennat Hollande. En particulier le 28 janvier, lorsque le député de Seine-et-Marne a dénoncé, depuis le siège du PS à Ivry-sur-Seine, la "politique de l'offre" mise en place par l'ancien Président, ainsi que la déchéance de nationalité avortée et la loi Travail. 

"La lucidité ne consiste pas à détruire ce que nous avons fait", affirme aujourd'hui Bernard Cazeneuve, qu'Olivier Faure disait pourtant avoir interrogé pour son bilan du socialisme de gouvernement. 

"Force d'espérance"

"C'était un très bon moment politique", cela montre "qu'il représente une force d'espérance pour la reconstruction d'une gauche sociale-démocrate", a commenté auprès de l'AFP un pilier du groupe PS au Sénat. Au Parisien, un proche décrit "un vrai serviteur de l'État". "Il se prépare activement. C'est la carte de rechange de Hollande", croit savoir un sénateur.

Coïncidence ou pas, Bernard Cazeneuve signe ces jours-ci la préface d'un livre qui entend tracer des perspectives pour la gauche de gouvernement, intitulé La gauche du réel, Un progressisme pour aujourd'hui.

Constatant la "déception" des électeurs face aux débuts du quinquennat d'Emmanuel Macron, alors que "la réforme de notre modèle social patine et (que) les injustices se creusent", l'ex-député de la Manche estime que "des millions d'électeurs" attendent des "socialistes, progressistes, républicains, écologistes" une "nouvelle proposition politique".

Critique des "excès" de la mondialisation

Cette proposition, Bernard Cazeneuve entend lui faire répondre à trois "défis": écologique, économique, démocratique, alors que les socialistes, au plus bas dans les sondages, peinent à rassembler à gauche. Et ce notamment dans le cadre des élections européennes de mai, auxquelles concourent pour l'heure au moins cinq listes lorgnant des électorats voisins (le PS, Génération.s, EELV, le PCF et La France insoumise).

Critique des "excès" de la mondialisation, qui creuse les "inégalités" Bernard Cazeneuve propose notamment de ne pas être "aussi dogmatiques que nos prédécesseurs sur le commerce international". Il suggère également de "taxer les grandes firmes au juste niveau", et "d'ouvrir un débat sur la taxation des citoyens français résidant à l'étranger".

"Puisse (la) lecture (de ce livre) vous donner envie de vous joindre à nous pour cet enthousiasmant chantier de la refondation de la gauche de gouvernement", conclut l'ex-Premier ministre dans cet ouvrage, qui a tout l'air d'un bréviaire. "Il va attendre le moment politique propice où il pourra créer une offre", affirme un ami du Parti socialiste. À l'issue des européennes?

Jules Pecnard avec AFP