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Paillé: « Une guerre rétrograde ! »

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Dominique Paillé, secrétaire général adjoint de l’UMP, relaie très directement le discours présidentiel et gouvernemental : La grève est impopulaire, c’est un combat perdu.

G C : Hier soir vous étiez avec Nicolas Sarkozy à L’Elysée. Est-ce qu’on s’inquiète au palais de la situation, qui ressemble à une impasse dans cette grève des régimes spéciaux de retraites ?
D P : Non, je ne crois pas qu’il faille parler d’inquiétude. Le président de la République suit avec attention le déroulement des opérations, notamment sur le terrain. Il a fait des propositions, en réponse à la CGT ; il souhaite la négociation et le dialogue. Nous sommes dans cette phase, attendant que les syndicats se décident.

G C : Mais les syndicats se décident ! Ils ont appelé à reprendre le travail. Mais à la base ça ne suit pas. Les propositions ne sont pas comprises semble-t-il.
D P : Elles sont comprises dans l’intégralité de leurs conséquences mais les cheminots mènent contre cette réforme des régimes spéciaux une guerre, que les français jugent d’ailleurs être une guerre rétrograde. Chacun sait que le problème des retraites doit conduire à une certaine équité entre les concitoyens. Non seulement, chacun le sait, cheminots et le reste de la population. A part les cheminots, chacun le souhaite. Je crois que la raison doit l’emporter. La main est tendue, nous attendons le dialogue, mais nous avons mis un préalable à ce dialogue, c’est qu’effectivement la grève soit suspendue.

G C : Mais pourquoi ça coince alors. Pourquoi la grève ne s’arrête pas alors que ça fait maintenant plus de 24 heures que les propositions ont été faites aux syndicats ?
D P : Je ne crois qu’une chose : la raison va l’emporter. Pour répondre à votre question, je pense que la base syndicale sait qu’elle joue gros. Si elle admet et accepte de revenir à la table des négociations pour discuter, en levant le mouvement de grève, elle sait que par ailleurs il y aura d’autres formes de réformes à venir, qui ne toucheront pas forcément les retraites. Elle a là, une possibilité de blocage et de verrou, elle s’en sert mais je crois que c’est un combat perdu.

G C : Je crois que chez certains grévistes, on entend certains arguments, peut être chez les plus extrémistes, qui est qu’il faut passer à 37.5 anuités pour tout le monde, ne pas faire un nivellement par le bas.
D P : Mais c’est tout à fait irréaliste et tout le monde le sait bien ; regardez ce qu’il se passe en Autriche par exemple : la retraite est à 65 ans, les cotisations sont de 40 années, il faut donc voir la chance qu’est la nôtre, même avec ce petit changement qui poussera tout le monde à cotiser 40 ans. Il faut être réaliste, ce que propose les 500 000 concernés par les régimes spéciaux, c’est totalement utopiste et absolument pas applicable, ça ne correspond pas à la réalité de l’espérance de vie qu’est la nôtre et si l’on veut sauver le régime de retraite par répartition auquel nous sommes rattachés ça n’est certainement pas la bonne direction qu’il faut prendre.

G C : Est-ce qu’il n’y a pas eu une erreur de stratégie, de méthode, volonté farouche du gouvernement d’aller au bras de fer pour montrer justement qu’ils savaient montrer les muscles. Parce que, quand on regarde bien, les leaders syndicaux ont été reçus par Xavier Bertrand avant le début de la grève ; donc on se dit que cette grève aurait pu être évitée ?
D P : La méthode était la bonne, et c’est d’ailleurs ce que les français disent à travers les sondages. Personne n’a été pris en traître. Nicolas Sarkozy a fait une campagne électorale pour la présidentielle et nous avons fait à l’UMP une campagne législative sur une base simple, celle de mettre fin à la particularité des régimes spéciaux en terme de durée de cotisation. Nous l’avons dit avant les élections, après nous l’avons remis sur la table. Tout le monde savait que c’était une réforme que nous souhaitions faire et rapidement. On a ouvert une phase de négociation en expliquant quels étaient les points les plus durs pour lesquels nous ne pouvions pas admettre de changement notamment cette durée de cotisation à 40 années pour tout le monde. Pour le reste tout était ouvert.

G C : Mais pourquoi ne pas avoir accepté les propositions de la CGT avant mardi soir ?
D P : Mais les propositions de la CGT, nous ne pouvions pas les accepter avant mardi soir puisqu’elles ont été présenté par M. Thibault mardi ! Nous n’avons pas tardé à accepter ce que proposait le secrétaire général de la CGT. Par conséquent je crois que la méthode a été tout à fait lisible et les français la jugent bonne. Aujourd’hui il y a un blocage que personne ne peut suivre dans l’opinion de la part notamment des agents de la SNCF et un peu moins de la RATP, encore une fois je crois que cette position n’est pas tenable : ils sont 500 000 à bénéficier de ces régimes spéciaux, il y en 25 millions qui ont déjà franchi le pas des 40 années. Je crois que l’équité conduit à ce qu’ils puissent être enfin gagnés par la raison.

G C : Il paraîtrait que la grande crainte c’est que la grève bascule sur la semaine prochaine, parce que mardi prochain il y a la grève des fonctionnaires. Si les deux fusionnent ça deviendra très handicapant et ça durcira peut être le mouvement, est ce que vous aussi c’est votre crainte ?
D P : Je fais une analyse très simple : la grève des cheminots et la grève des agents RATP puisque les négociations sont en cours avec EDF par exemple, est totalement impopulaire. Plus elle va durer, plus elle sera détestée par les français. Je ne suis pas sûr que ceux qui organisent le 20 novembre une grève sur d’autres thèmes que celui des régimes spéciaux, soient heureux de voir qu’il peut y avoir un pollution, justement avec cette thématique des régimes spéciaux qui n’est pas populaire et que les français rejettent. Je crains que pour ceux qui organisent la grève du 20, ce soit plus un handicap qu’un atout.

G C : Vous continuez à distribuer des tracts ? Puisque je crois l’UMP a déjà commencé à distribuer des tracts en Ile de France et dans d’autres villes françaises.
D P : Tout à fait, nous distribuons des tracts qui expliquent la réforme, sensibilisent les français à la nécessité au-delà des régimes spéciaux de réformer le pays, et demandent tout simplement de venir nous soutenir dans ce qui est une épreuve pour l’ensemble de nos concitoyens. Nous avons également hier, pour ce qui concerne particulièrement l’Ile de France, à l’UMP, réuni les maires qui portent l’étiquette dans leur municipalité pour qu’ils puissent mettre sur pied un système d’aide à nos concitoyens qui souffrent dans cette épreuve. Aides au transport, aides au covoiturage, mais également aides en terme d’amplitude d’ouverture des services publics.

G C : La CFDT disait tout à l’heure qu’elle allait dédommager les grévistes au-delà de trois jours de grève ; 16 euros par jour, est ce que ça vous choque ?
D P : Non, chacun joue son rôle, que le syndicat vienne en aide à ceux qui sont ses adhérents ça ne me semble pas choquant. Nous venons nous, en aide aux français qui souffrent. C’est notre devoir.

G C : Donc 16 euros par jour pour tous les usagers bloqués ?
D P : Non, nous n’allons pas jusque là. Mais nous mettons en place partout où nous le pouvons un système d’aides et de prises en charge, pour que les difficultés auxquelles sont confrontés les franciliens mais pas seulement eux, soient un peu atténuées.

G C : Il y a des tracts dont certains titres sont assez accrocheurs « voici pourquoi la France est paralysée »…
D P : C’est un tract explicatif, le titre marque et il est fait pour. Nous avons, dans d’autres régions de France, d’autres tracts qui se veulent avoir la même vertu pédagogique qui est l’explication et le même sens de la mobilisation de nos concitoyens derrière le Gouvernement.

G C : Donc les tracts… Est ce que vous prévoyez finalement des manifestations ?
D P : Notre état d’esprit à l’UMP est le même qu’au Gouvernement : dialogue et négociations, nous voulons sortir de cette crise avec la raison. D’abord dialoguons. Mais il ne faut pas, à terme, compte tenu de la pression à laquelle nous sommes soumis, nous, UMP, de la part de nos militants et de nos sympathisants, éluder d’un revers de main cette possibilité de manifestation. Ça n’est pas notre culture, ça n’est pas notre état d’esprit, et encore une fois aujourd’hui ça n’est pas à l’ordre du jour car c’est la négociation d’abord et nous y croyons encore.

G C : A propos des régimes spéciaux de retraite, est ce que c’est Nicolas Sarkozy qui pilote tout ?
D P : Le Président assume la plénitude de ses fonctions, évidemment sur le sujet il est très présent. C’est quelqu’un qui organise les choses et qui suit avec beaucoup d’attention l’évolution de la situation. Il organise tout, il suit tout, il joue son rôle de président, et pour nous c’est très rassurant.

G C : Il était question, avant le début de la grève, que Nicolas Sarkozy se rende sur le terrain pour voir les usagers, est-ce que c’est toujours d’actualité ?
D P : Pour l’heure, Nicolas Sarkozy souhaite que la raison l’emporte et que les négociations puissent s’ouvrir, à la condition expresse que les grèves soient levées. Il laisse vraisemblablement quelques jours aux cheminots pour aboutir à cette situation de reprise de négociations et bien évidemment une suspension des grèves. Au-delà de ces quelques jours, je pense qu’il est possible qu’il agisse et qu’il aille sur le terrain. En tout état de cause, je ne suis pas habilité à vous donner un calendrier. Non seulement parce que je ne le connais pas, mais aussi parce que Nicolas Sarkozy l’arrêtera quand il en aura envie.

G C : On a une vraie impression que Nicolas Sarkozy veut donc laisser le dialogue, et s’apaiser le climat. Il est vrai qu’en ce moment on le voit et on l’entend assez peu. Est ce qu’il vous parait intelligent que Nicolas Sarkozy s’exprime dans les jours qui viennent ?
D P : Dans les prochains jours peut être, en fonction de l’évolution de la situation mais ce que je crois c’est que comme vous le dîtes, aujourd’hui il est véritablement la tour de contrôle au niveau gouvernemental et politique de cette affaire et il laisse la chance à la négociation. Il a toujours prôné le dialogue. Pour autant il fait preuve de fermeté, il y a dans la réforme des points durs qui ne sont pas négociables, il les a réaffirmés. A partir de là chacun a les cartes sur la table.

La rédaction-Bourdin & Co