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Michel Rocard dans sa dernière interview: "notre gauche est la plus rétrograde"

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- - CHARLES PLATIAU / POOL / AFP

Ce samedi 20 juillet, Michel Rocard est mort. Jusqu'aux derniers jours de sa vie, l'ancien Premier ministre est resté un militant socialiste. Mais avec un regard très critique sur le PS d'aujourd'hui, comme il le confiait dans sa dernière interview au Point.

Mort ce samedi 2 juillet, Michel Rocard a donné sa dernière interview au Point, dans l'édition du 23 juin, dans laquelle il n'épargne pas ses camarades du Parti socialiste. Dans cet entretien, il fustigeait la gauche française, "la plus rétrograde d'Europe" à ses yeux, et jugeait que "les droits des citoyens ne se résument pas aux 'acquis sociaux'". "Le véritable socialisme, c'est l'accès pour tous aux activités de l'esprit", jugeait-il.

Michel Rocard laisse un mordant testament politique. "La gauche a perdu la bataille des idées", considère-t-il. Lui qui a toujours incarné une "deuxième gauche", plutôt social-démocrate, s'éloignant du marxisme, juge que "dans toute l’Europe, la gauche française est celle qui a été la plus marquée par le marxisme". "On peut admettre que la pensée politique marxiste, ou ce qu’il en reste, est rétrograde".

François Hollande n'échappe pas aux critiques de Michel Rocard, qui lui demande de "changer". "Le problème de François Hollande, c’est d’être un enfant des médias", lâche-t-il, visant "sa culture et sa tête ancrées dans le quotidien". "Mais le quotidien n’a à peu près aucune importance". Et il ne manque pas de tacler celui qui fut son adveraire au sein du Parti socialiste pendant des années: "Cet excès de dépendance des politiques aux médias est typique de la pratique mitterrandienne".

Valls et Macron, "loin de l'Histoire" 

Il évoque aussi l'Europe. Celui qui s'est toujours déclaré pro-européen affiche dans Le Point une vision sévère de la construction européenne. L'ancien Premier ministre souhaitait d'ailleurs le Brexit. "La Grande-Bretagne ne conçoit pas l'Europe comme une entité politique... Elle ne souhaite pas qu'elle soit un pouvoir de régulation mondiale", déplorait-il. "L'Europe est en train de disparaître", s'alarmait le socialiste. "La présence de la Grande-Bretagne depuis 1972 dans l'Union européenne nous interdit d'avancer. Donc, je souhaite le Brexit. Mais il n'est pas sûr que nous sachions en profiter".

Sur ce sujet, sa confiance en François Hollande et Angela Merkel était très limitée. "Mais je fais confiance au peuple", ajoutait-il. "Le vide que laissera éventuellement le Brexit va générer des mouvements sociaux. Si bien que la pression des peuples européens peut conduire l'Europe à se reconstituer et à construire, enfin, par exemple, une relation avec la Chine".

Emmanuel Macron ne trouve pas non plus grâce à ses yeux. Il l'estime "ignorant" du socialisme. "La conscience de porter une histoire collective a disparu, or elle était notre ciment. Macron comme Valls ont été formés dans un parti amputé. Ils sont loin de l’Histoire", déplore Michel Rocard. Cependant, il salue le ministre de l'Economie qui s'est "affranchi des archaismes". "Assurer un bien meilleur niveau d’emploi, Macron ne pense qu’à ça."

Ivan Valerio