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Mayotte: le préfet refuse le report de la législative partielle

Des habitants manifestent contre l'insécurité à Mayotte dans la ville de Mamoutzou le 13 mars 2018

Des habitants manifestent contre l'insécurité à Mayotte dans la ville de Mamoutzou le 13 mars 2018 - Ornella LAMBERTI / AFP

Des élus de Mayotte avaient demandé le report de l'élection législative partielle organisée ce dimanche. Le préfet s'y est opposé.

Le préfet a opposé une fin de non-recevoir aux élus de Mayotte qui avaient réclamé samedi le report de l'élection législative partielle prévue ce dimanche en évoquant "des raisons de sécurité" et des difficultés pour les candidats à faire campagne.

Dans une déclaration à la radio dans l'après-midi, le préfet de Mayotte Frédéric Veau a annoncé que "les élections se tiendraient" bel et bien dimanche.

"Mayotte, c'est la République, la République, c'est la démocratie, la démocratie, ce sont les citoyens qui s'expriment dans les urnes", a-t-il dit, assurant que "l'Etat prendra toutes les dispositions pour assurer le bon déroulement du scrutin". 

Pas de garantie de sécurité selon les maires 

Le maire de Tsingoni, Mohamed Bacar, porte-parole du comité de coordination des élus, avait indiqué dans la matinée devant la presse que les élus réclamaient "le report de l'élection pour des raisons de sécurité". Une délégation d'élus a rencontré en fin de matinée le préfet et les haut-fonctionnaires mandatés par le gouvernement pour leur faire part de cette demande.

"Même si les mairies sont ouvertes, il n'y a pas de garantie que les conditions de sécurité soient réunies", a expliqué Mohamed Bacar, en parlant de "risques de barrages et de soulèvements".

Il a également fait part d'un problème de campagne électorale pour les huit candidats qui "n'ont pas pu voir leurs électeurs". Le porte-parole des élus a aussi indiqué que les mairies seraient ouvertes, mais que, dans certains endroits, des écoles (devant servir de bureau de vote, ndlr) avaient été cadenassées. "Si un bureau ne peut pas être ouvert, le code électoral permet de le déplacer à un autre endroit", a répondu le préfet.

Appel au boycott 

Prenant acte de la décision du préfet, le porte-parole des élus a prédit "une cascade de dépôts de plaintes" après l'élection. Un porte-parole du mouvement social, Salim Nahouda, a estimé qu'"il appartient à la population de voir s'il est nécessaire ou pas d'aller voter", invitant les électeurs à boycotter l'élection.

Jeudi, un des candidats, Boina Dinouraini, avait indiqué à l'AFP qu'il souhaitait également le report de l'élection. "On ne circule pas, on ne peut pas faire campagne, on a la peur au ventre", a-t-il expliqué. Le maire de Mamoudzou Mohamed Majani s'est désolidarisé de cette demande. "Je m'exclus de la demande du report, j'organise des élections en tant qu'agent de l'Etat, donc j'exécute. Il appartient à l'Etat d'assurer la sécurité", a-t-il dit. 

Lutte contre l'insécurité et l'immigration clandestine

Dans une motion, les élus soulignent également avoir "constaté que des opérations de lutte contre l'insécurité et l'immigration clandestine sont engagées" et "demandent qu'elles soient amplifiées et renouvelées". Des opérations de sécurisation et de contrôle des personnes en situation irrégulière ont été menées depuis deux jours par les forces de l'ordre, pour faire suite aux engagements de la ministre Annick Girardin. 

Les élus indiquent aussi soutenir la demande, formulée par l'intersyndicale et le collectif de citoyens, "que le gouvernement nomme un autre émissaire avec un mandat qui pourrait engager le gouvernement".

Dans une déclaration faite samedi matin sur le site internet d'un média local, l'infokwezi.fr, Saïd Kambi, l'un des porte-parole du mouvement, a déclaré que "concernant la demande de la ministre, nous disons 'chiche!' Nous laissons donc un mois à la ministre pour démontrer sa bonne volonté et régler le problème de l'insécurité et de l'immigration à Mayotte". Mais selon lui, "il faut aussi développer notre île. Aussi, nous resterons sur les barrages jusqu'à l'arrivée du Premier ministre ou d'un émissaire pour négocier nos revendications".

M.P avec AFP