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Les politiques veulent contrôler la messagerie cryptée Telegram...mais l'utilisent (presque) tous

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Telegram, application de messagerie chiffrée utilisée par de nombreux jihadistes, est dans la ligne de mire des politiques. Qui l'utilisent pourtant presque tous.

Mais à quoi peut bien servir une application de messagerie cryptée? Pour certains, Telegram est utile pour protéger ses données et s'assurer qu'elles ne tombent pas dans de mauvaises mains. Pour d'autres, elle se montre bien pratique pour éviter les yeux inquisiteurs des renseignements ou de la police. Telegram est si pratique que de nombreux politiques, dont des ministres, s'y sont convertis alors même que Bernard Cazeneuve en a fait sa cible prioritaire dans la lutte contre le terrorisme. 

“Les échanges de plus en plus systématiques opérés via certaines applications, telles que Telegram, doivent pouvoir, dans le cadre des procédures judiciaires, être identifiés” selon le ministre de l'Intérieur.

Du numéro 1 de la PJ au gouvernement

Pour s'attaquer à Telegram, Bernard Cazeneuve va également devoir regarder du côté de l'appareil d'Etat lui-même. Le Canard Enchaîné révèle ainsi dans son édition du 24 août que de nombreuses personnalités haut-placées ont craqué pour l'application de messagerie. C'est notamment le cas de Christian Sainte, numéro 1 de la police judiciaire, ou de son prédécesseur Frédéric Péchenard, aujourd'hui directeur de cabinet... de Nicolas Sarkozy.

Encore plus haut, députés et ministres ont eux aussi installé Telegram sur leurs téléphones. Parmi eux, Eric Ciotti - qui voulait pourtant interdire la vente d'iPhone en France pour lutter contre le chiffrement des données -, François Fillon et son équipe, Benoît Hamon ou encore Gilles Boyer, bras droit d'Alain Juppé.

Au gouvernement aussi, l'application à ses adeptes. Juliette Méadel, Jean-Jacques Urvoas et Emmanuel Macron ont tous installé Telegram. Le ministre de l'Economie l'imposerait même à ses équipes. 

Le précédent Saint-Etienne-du-Rouvray

Si l'application Telegram est revenue sous les feux de la rampe, c'est à cause de l'utilisation qu'en a fait Adel Kermiche, l'un des deux assassins du prêtre Hamel le 26 juillet dernier. Sur son compte Telegram, le jihadiste avait annoncé qu'il préparait une action d'envergure, et prévenu ses contacts qu'il se filmerait. 

Pour autant, les défenseurs du chiffrement y voient une liberté fondamentale. Après les déclarations de Bernard Cazeneuve, la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) et le CNNum (Conseil National du Numérique) ont publié une tribune commune dans laquelle ils appellent le gouvernement à ne pas céder à des "solutions de facilité".

P.A.