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Les agriculteurs occupent les Champs-Elysées

Visiteurs assistant à la manifestation "Nature Capitale". Le mouvement des Jeunes Agriculteurs a investi les Champs-Elysées en déployant jusqu'à lundi un "plateau végétal et animal" de trois hectares sur la prestigieuse avenue parisienne. /Photo prise le

Visiteurs assistant à la manifestation "Nature Capitale". Le mouvement des Jeunes Agriculteurs a investi les Champs-Elysées en déployant jusqu'à lundi un "plateau végétal et animal" de trois hectares sur la prestigieuse avenue parisienne. /Photo prise le - -

Vingt ans après la grande moisson des Champs-Elysées, 600 agriculteurs investissent la prestigieuse avenue...

PARIS (Reuters) - Les Parisiens ont découvert dimanche un spectacle bucolique inédit sur les Champs-Elysées transformés sur plus d'un kilomètre en ferme géante par des jeunes agriculteurs inquiets pour leur avenir.

Un millier de personnes ont installé dans la nuit entre l'Arc de Triomphe et le rond-point des Champs-Elysées un "plateau végétal et animal" de trois hectares - l'équivalent de six terrains de football - représentant la diversité des productions agricoles et forestières cultivées en France.

L'événement, qui a été inauguré en début d'après-midi par le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire, a un précédent : la "grande moisson" de 1990, qui avait vu la célèbre avenue parisienne transformée en champ de céréales.

Mais la dimension de l'événement est cette fois tout autre, puisque les visiteurs - on attend deux millions de personnes - pourront déambuler jusqu'à lundi soir entre 50 cultures, de la lavande au blé en passant par des cerisiers et des oliviers, et des animaux, une transhumance de brebis ayant été organisée.

Cette manifestation baptisée "Nature capitale" a été organisée par le syndicat Jeunes agriculteurs, qui compte 55.000 adhérents, sous la baguette du créateur d'art de rue Gad Weil.

Quelque 80% des cultures de France sont représentées grandeur nature pour attirer l'attention des citadins sur l'importance de l'agriculture confrontée en cette année 2010 à des défis majeurs, dont la baisse des revenus.

"Il s'agit de rétablir un lien avec le citoyen sur ce qu'est notre métier et sur ce que celui-ci veut vraiment", a déclaré à Reuters William Villeneuve, président des Jeunes Agriculteurs.

"Est-ce qu'il veut les produits les moins chers du monde ou est ce qu'il veut des produits qui rémunèrent les producteurs ?", a-t-il demandé.

CHUTE DE 34% DES REVENUS EN 2009

Le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo, qui a descendu les Champs-Elysées noirs de monde en compagnie de Bruno Le Maire pendant plus d'une heure, a salué un événement "formidable".

"Il n'y a pas de pays sans paysage, pas de pays sans paysans, pas de pays sans agriculture", a-t-il dit en refusant d'opposer l'agriculture à la défense de l'environnement.

Les agriculteurs se sont inquiétés des projets du gouvernement en la matière, notamment le Grenelle 2, mais Nicolas Sarkozy a annoncé vouloir laisser un peu de répit aux agriculteurs dans une conjoncture très difficile.

"Il faut mener de pair l'activité économique agricole avec le côte social aussi de l'agriculture qui est sur tout le territoire, et montrer par cette opération que les premiers écologistes de notre pays, ce sont les paysans", a expliqué Jean-Michel Lemetayer, président du syndicat agricole FNSEA.

Les négociations pour l'avenir de la Politique agricole commune (Pac) après 2013 commenceront cette année et la France entend bien défendre la nécessité d'une meilleure régulation des cours pour éviter des mouvements erratiques.

Les Jeunes Agriculteurs avaient déjà organisé en décembre une manifestation devant l'Elysée durant laquelle ils avaient répandu de la paille sur la chaussée, accusant Nicolas Sarkozy de "mépriser l'agriculture".

En 2009, le revenu annuel moyen des agriculteurs s'est établi à 14.600 euros, en chute de 34% par rapport à 2008, année déjà marquée par un fort recul de 20%, selon le gouvernement.

Nicolas Sarkozy, en visite chez un producteur de fraises du Lot-et-Garonne, a pour sa part défendu vendredi le bilan de son action en faveur de l'agriculture, un secteur qu'il juge stratégique pour l'économie française.

Il s'agissait de sa troisième visite dans une exploitation agricole depuis le début de l'année, la deuxième depuis la déroute de son parti, l'UMP, aux régionales de mars, qui l'a conduit à faire de la lutte contre la crise que traverse le secteur une des priorités de son action.

Lundi, la grande distribution française s'est engagée à modérer ses marges sur les fruits et légumes aux termes d'un dispositif voulu par Nicolas Sarkozy pour éviter les crises à répétition dans le secteur.

Le mois dernier, plus de 10.000 céréaliers, certains juchés sur quelque 1.500 tracteurs, avaient envahi les grands axes parisiens pour manifester leur angoisse devant la chute de leurs revenus.

Marie Maître, Gus Trompiz, Yves Clarisse