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Le "répertoire électoral unique", cette nouveauté qui menace la bonne tenue des élections européennes

La loi Pochon-Warsmann, entrée en vigueur le 1er janvier 2019, met en place le répertoire électoral unique. Ce REU a pour but de centraliser les listes électorales. Mais à quelques jours des européennes, les communes peinent à éditer des listes électorales où se glissent des erreurs sur les noms, prénoms, adresses ou lieu de naissance de certains citoyens.

Les listes d’émargement seront-elles complètes et exactes le jour des élections européennes? Rien n’est moins sûr. Pour la première fois, elles sont constituées par le Répertoire électoral unique (REU), géré par l’Insee.

Jusqu'alors, les mairies avaient leurs propres listes électorales mais depuis le 1er janvier, les 35.500 listes communales doivent être centralisées par l’Insee, l’office des statistiques nationales, pour créer un registre national. Un changement qui inquiète les mairies, pour qui l'organisation du scrutin est devenue un vrai casse-tête. Cette nouveauté a été mise en place par la loi du 1er août 2016 rénovant les modalités d’inscription sur les listes électorales, entrée en vigueur le 1er janvier 2019.

"Bien vérifier sa carte d'électeur"

"La loi de 2016 créé un répertoire électoral unique dont la tenue est confiée à l’Insee. En supprimant la révision annuelle des listes électorales qui seront désormais actualisées en temps réel, cette réforme simplifie le processus d’inscription pour les électeurs. Cela permet à nos concitoyens de solliciter leur inscription sur les listes électorales jusqu’au 6e vendredi avant le scrutin", explique dans une vidéo officielle Zoheir Bouaouiche, chef du projet interministériel REU au ministère de l’Intérieur.

Une simplification en théorie car dans les faits, les villes rencontrent des problèmes de synchronisation entre les logiciels utilisés dans les mairies et l’interface Elire de l’Insee, révèle ce jeudi Le Parisien. Dans plusieurs départements, on ne parvient pas à éditer de liste électorale ou à envoyer de cartes d’électeurs.

Radiation de citoyens pourtant électeurs, erreurs sur les noms, prénoms, adresses, lieu de naissance... Plusieurs inexactitudes apparaissent dans le fichier de l’Insee. A Issy-les-Moulineaux dans les Hauts-de-Seine, 250 erreurs ont été recensées pour des habitants ayant déménagé l’an dernier. Selon l’Insee, ces couacs seraient dus à un encombrement des serveurs entre les 2 et 6 mai, date à laquelle les communes devaient arrêter leur liste définitive.

"C’est une difficulté qui a été réelle, avec un éditeur qui a fait un choix technique ayant eu pour effet d’engorger le serveur. Mais ce problème a été réglé depuis quelques jours", assure le ministère de l’Intérieur.

Recours devant le tribunal administratif

Pas de quoi rasséréner le premier adjoint à la maire de Paris où 250 erreurs ont été constatées sur les plus de 1.298.000 inscrits. 

"Si j’ai un conseil à donner, c’est de dire aux Parisiens de bien vérifier leur carte d’électeur. Et surtout leur état civil, leur 2e ou 3e prénom", avise Emmanuel Grégoire.

Car pour être en mesure de voter le 26 mai, il faudra que l’état civil inscrit sur la carte d’électeur corresponde aux informations détenues par votre bureau de vote attitré. Un peu plus d’un millier de collectivités ont été concernées par ces bugs informatiques.

"Nous avons mis en place une équipe pour répondre à ces problèmes la semaine dernière. Nous tablons sur une résolution de ces difficultés pour la fin de cette semaine ou le début de la semaine prochaine. D’autres éditeurs de logiciels sont concernés, ce qui confirme que le problème ne vient pas de chez nous", explique, optimiste, un porte-parole de la société éditrice de logiciels Berger-Levrault.

Dans l’hypothèse où vous constateriez une erreur, vous pouvez faire une demande sur le site Service-public.fr ou vous adresser directement à votre mairie de naissance. Si une inexactitude apparaît au moment où vous vous rendrez dans votre bureau de vote, vous ne pourrez pas déposer de scrutin. "On pourra juste le signaler dans le PV", tance auprès du quotidien Karine Follin, responsable de l’Association des secrétaires de mairies rurales. Seule solution: demander un recours au tribunal administratif.

Ambre Lepoivre