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Le président de l'Inserm, mari de la ministre de la Santé, retire sa candidature

La ministre de la Santé Agnès Buzyn et son mari Yves Lévy, président par intérim de l'Inserm.

La ministre de la Santé Agnès Buzyn et son mari Yves Lévy, président par intérim de l'Inserm. - Ludovic Marin - pool - AFP

Le président de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale était candidat à sa propre succession.

Le président de l'Inserm Yves Lévy, mari de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, a retiré lundi sa candidature à un nouveau mandat à la tête de cet organisme public de recherche médicale, mettant fin à un casse-tête pour le gouvernement.

Reconduire ou pas l'époux d'Agnès Buzyn? L'exécutif avait un choix délicat à faire, entre les états de service satisfaisants de ce haut fonctionnaire et les soupçons de conflits d'intérêt.

Le Pr Lévy, chercheur et médecin, a d'abord tenté de rester, puis préféré partir de lui-même. "Le gouvernement prend acte" de sa décision "de retirer sa candidature à un renouvellement à la présidence de l'Inserm", a indiqué Matignon dans son communiqué.

Ce départ ne sera pas immédiat, puisqu'il reste jusqu'à nouvel ordre "en charge de l'intérim à la tête de l'Inserm", ont souligné les services du Premier ministre. Le chercheur âgé de 60 ans assure cet intérim depuis l'expiration le 12 juin de son mandat de quatre ans.

Le processus de recrutement relancé

"Le processus de recrutement du PDG de l'Inserm sera relancé dans les prochaines semaines", a ajouté Matignon. Il avait déjà commencé, puisque des candidats avaient été entendus le 21 juin à huis clos par une commission ad hoc.

Le nom de ces candidats n'est pas révélé, conformément à la règlementation, pour permettre d'attirer les meilleurs postulants. Seuls deux ont choisi jusqu'ici de rendre publique leur candidature: Jessica Zucman-Rossi (Inserm, université Paris-Descartes) et Philippe Froguel (CNRS, université de Lille et Imperial College de Londres).

Ce dernier s'est étonné que le gouvernement reparte à zéro. "Incroyable: le retrait de la candidature du PDG de l'Inserm à sa propre succession s'accompagne de l'abandon de l'appel à candidature actuel", a-t-il écrit sur Twitter.

Le maintien du Pr Lévy à ce poste prestigieux, après la nomination d'Agnès Buzyn au gouvernement en 2017, et l'hypothèse de sa reconduction pour un nouveau mandat de quatre ans, ont valu des critiques à la ministre et au gouvernement. En interne, certains estimaient par ailleurs que l'intérim aurait pu échoir à quelqu'un d'autre.

Des critiques infondées pour la ministre

La ministre ne cessait de le répéter: les critiques lui paraissaient infondées. D'une part, la co-tutelle (avec le ministère de la Recherche) de l'Inserm lui avait été retirée par décret dès mai 2017, au profit du Premier ministre. D'autre part, elle a assuré "ne pas (s)'impliquer dans la carrière de (son) mari", ni en le conseillant, ni en le favorisant.

"Le gouvernement rappelle que l'ensemble des procédures permettant d'éviter tout conflit d'intérêt entre l'Inserm et la ministre des Solidarités et de la Santé ont été mises en oeuvre de façon continue depuis mai 2017", ont insisté les services du Premier ministre. Yves Lévy "sera prochainement appelé à d'autres fonctions", selon Matignon.

L'Institut national de la santé et de la recherche médicale a indiqué dans un communiqué que le médecin avait "adressé ce jour à l'ensemble des personnels de l'Inserm un message expliquant sa décision", sans en révéler la teneur.

Lui et Agnès Buzyn, tous deux médecins, se sont mariés en 1997. Ils ont eu trois enfants. Né à Casablanca (Maroc) en 1957, arrivé en France à l'adolescence, Yves Lévy est devenu une pointure de la recherche en immunologie après s'être intéressé au sida dans les années 1980, où la maladie faisait des ravages. Il est un expert reconnu dans la compréhension du développement du système immunitaire et du VIH.

Mais il ne s'est pas fait que des amis dans ce milieu de la recherche. En 2014, Le Monde écrivait que "certains scientifiques, qui n'ont pas souhaité s'exprimer publiquement", l'accusaient d'avoir "flatté le tableau de ses états de service" au moment de défendre sa candidature à la direction de l'Inserm.

L.A., avec AFP