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La difficile place des femmes aux postes de direction de La République en marche

Amélie de Montchalin, au centre de la photo, parmi ses collègues LaREM à l'Assemblée nationale.

Amélie de Montchalin, au centre de la photo, parmi ses collègues LaREM à l'Assemblée nationale. - Patrick Kovarik - AFP

L'élection ce mardi de Gilles Le Gendre à la présidence du groupe LaREM de l'Assemblée met en lumière l'absence de femmes aux postes clés du parti.

Dans les couloirs de l'Assemblée, une question est sur toutes les lèvres: où sont les femmes? Dans la majorité, elles ne sont en tout cas pas aux postes politiques. Les députés La République en marche viennent de désigner leur nouveau président de groupe, Gilles Le Gendre. Son élection fait suite à celle de Richard Ferrand à la présidence de l'Assemblée nationale. Deux hommes élus à des postes clés en moins de deux semaines.

Accusé d'être le favori et de ne pas incarner le renouvellement promis par Emmanuel Macron, Richard Ferrand s'était défendu face à la presse en lançant, ironique: "Vous m'excuserez de ne pas être une dame!". Il l'avait finalement emporté en interne face à Philippe Folliot, Barbara Pompili et Cendra Motin.

Les candidates pas assez compétentes?

Pour la présidence de groupe, elles étaient trois candidates sur sept. Entre Amélie de Montchalin, Laëtita Avia et Brigitte Bourguignon, aucune ne s'est qualifiée pour le second tour. "Le renouvellement n'est pas dans les postes de direction", constate Barbara Pompili sur LCP. "Maintenant, j'attends que le renouvellement soit dans la méthode".

Perrine Goulet, députée LaREM de la Nièvre, s'était lancée dans la course avant de se retirer lundi soir pour soutenir sa collègue de la commission des finances, Amélie de Montchalin. "Je voyais que beaucoup de femmes hésitaient à se lancer, par peur de ne pas être élue, ou d'être ridicule", raconte-t-elle à BFMTV.com. "J'y suis allée en partie pour ça, tout en sachant que je n'avais aucune chance." Mais surtout, la députée s'agace des discours qu'elle entend dans les couloirs de l'Assemblée sur ce nouveau scrutin. Elle en fait part à ses collègues dans un mail que BFMTV s'est procuré:

"Une petite musique m'interpelle (…) Cette élection ne revêt pas la même importance symbolique que celle du perchoir (le président de l'Assemblée, NDLR). Donc la question d'élire une femme ne serait pas la priorité mais ce serait les compétences qui devraient guider nos choix. Doit-on comprendre qu'aucune de nous quatre n'est capable de gérer notre groupe?"

"On prend leur jouet aux hommes"

Amélie de Montchalin, candidate malheureuse à la présidence du groupe LaREM, préfère relativiser: "Ce qui était important, c'est que les femmes puissent aller dans la course de manière équitable, avec les mêmes arguments", avance-t-elle sur notre antenne. "C'est un pari gagné: on a pu faire campagne et présenter nos projets dans les mêmes conditions que les hommes. On nous cantonne souvent à des sujets techniques, et on a vu ici qu'on pouvait peser dans les débats politiques". 

Aujourd'hui, Perrine Goulet regrette qu'aucune candidate n'ait atteint son but: "Symboliquement, l'image qu'on renvoie n'est pas positive". Elle cite, pour expliquer cette situation, "l'autocensure des femmes" ainsi que l'omniprésence masculine aux postes de direction: "On le remarque autant à Paris qu'en circonscription: on prend leur jouet aux hommes". Son espoir: voir une femme succéder à Gilles Le Gendre dans deux ans, lorsqu'il remettra comme il l'a promis son mandat en jeu. Pour l'instant, le constat est amer: "Mes collègues ne sont pas encore mûrs. A nous de les faire bouger, mais cela prendra du temps".

Ariane Kujawski