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Quand Valls et Hollande étaient contre la déchéance de nationalité

Le Premier ministre Manuel Valls, le 3 novembre 2015.

Le Premier ministre Manuel Valls, le 3 novembre 2015. - Thomas Samson - AFP

Le Premier ministre, qui va défendre à l'Assemblée la déchéance de nationalité pour les binationaux français, n'a pourtant pas toujours défendu ce projet. En 2010, alors membre de l'opposition, Manuel Valls était opposé à la mesure, et dénonçait "un débat nauséabond et absurde".

Manuel Valls a annoncé mardi devant l'Assemblée nationale qu'il présenterait lui-même la réforme constitutionnelle, dans laquelle est prévue l'extension de la déchéance de nationalité pour les binationaux nés en France. Le projet arrivera le 4 février à l'Assemblée, avant d'être examiné par le Sénat. Mais avant de monter au front pour défendre sa réforme, le Premier ministre n'a pas toujours été un fervent défenseur de la déchéance de nationalité – bien au contraire.

En 2010, alors qu'il était encore membre de l'opposition, Manuel Valls expliquait sur l'antenne de BFMTV pourquoi il fallait "en rester là" sur la possibilité de déchoir un individu de sa nationalité. Il dénonçait alors "un jeu politique où on essaie de faire croire qu'immigration et insécurité, c'est lié".

Plus tard, il soulignait encore sur RMC le manque d'efficacité de la mesure: un argument relayé par une partie de la majorité de gauche, à laquelle le chef du gouvernement répond par l'importance du "symbole".

Hollande aussi était contre

François Hollande, qui a annoncé la réforme de la Constitution trois jours après les attentats du 13 novembre, était lui aussi un adversaire de cette mesure. En 2010 lors d'une interview sur France 5, il avait estimé que la déchéance de nationalité était "attentatoire" à la "tradition républicaine" et nullement "protecteur pour les citoyens". Des termes repris à l'époque dans une dépêche AFP.

Puis avait lui aussi demandé: "est-ce que ça va améliorer en quoi que ce soit la protection et la sécurité de nos concitoyens? En faisant une déchéance pour tel ou tel individu en nombre limité, on va permettre à ceux qui sont exposés aux agressions tous les jours d'être davantage protégés? Est-ce que c'est conforme à notre histoire, nos traditions, notre Constitution, quand on sait que depuis 1889, la nationalité française s'exerce par la naissance et s'acquiert par mariage au bout de quelques années après un contrôle?", avait-il poursuivi, avant de conclure: "pourquoi remettrait-on en cause ces principes essentiels?". 

Les circonstances étaient toutefois différentes. A l'époque, Nicolas Sarkozy souhaitait étendre les crimes qui impliqueraient une déchéance de nationalité. Dans son discours de Grenoble, il avait proposé notamment que la nationalité française soit retirée "à toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un policier, d'un gendarme ou de toute personne dépositaire de l'autorité publique."

A. K.