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Pause fiscale en 2015: confusion au sommet de l'Etat

François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont tenu des propos différents sur le calendrier fiscal.

François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont tenu des propos différents sur le calendrier fiscal. - -

Les déclarations contradictoires entre le chef de l'Etat et son Premier ministre sur la "pause fiscale" ont créé une petite tempête au sommet de l'Etat, ce qui n'a pas manqué de ravir l'opposition.

En admettant que la "pause fiscale" promise pour 2014 par François Hollande ne serait en fait "effective" qu'en 2015, Jean-Marc Ayrault a créé un embrouillamini au sommet de l'Etat dont s'est emparée mercredi l'opposition.

La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, n'a pas dissipé le malaise en assurant à l'issue du Conseil des ministres que "concrètement, nous commençons bel et bien dès l'année 2014 la pause fiscale, qui se confirmera en 2015".

Il s'agit en termes de prélèvements obligatoires pour les Français en 2014 "d'une quasi-stabilisation, et on sera à la stabilisation totale en 2015", a-t-elle expliqué, appelant à "ne pas créer des coins là où il n'y en a pas".

Communication brouillée

Le président de la République avait pourtant été catégorique le 30 août dans Le Monde: "Grâce à l'engagement de substantielles économies, le temps est venu de faire - plus tôt qu'il n'avait été prévu - une pause fiscale". Face au "ras-le-bol fiscal" des Français relayé cet été par Pierre Moscovici, ministre de l'Economie, François Hollande avait réitéré cet engagement dimanche sur TF1. "En 2014, nous aurions pu poursuivre dans cette trajectoire d'augmenter les impôts. Qu'est-ce que j'ai décidé? De faire d'abord des économies".

Mais patatras! Deux jours plus tard, son Premier ministre reconnaît dans Metronews que cette promesse ne sera en fait "effective" qu'en 2015. Jean-Marc Ayrault, qui ne cache pas en privé que des efforts sont encore nécessaires malgré le début de reprise économique qui s'amorce, admet que les contribuables seront encore mis à contribution l'an prochain, entre la hausse programmée de la TVA, la baisse du quotient familial ou encore la hausse des cotisations retraite.

Cette sortie a brouillé la communication du gouvernement deux jours après les explications données par le président, même si 69% des Français ne croyaient pas à cette promesse, selon un sondage CSA-Les Echos-Institut Montaigne publié le 5 septembre. "Dans le programme de stabilité, il était prévu une hausse de la fiscalité de 0,3 point du PIB mais finalement, ce sera 0,05 point, ce qui est proche de 0", fait valoir une source gouvernementale.

"Un Premier ministre qui recadre un président..."

Secouée ces derniers jours par de nouvelles tensions liées aux déclarations de François Fillon sur le FN, l'UMP s'est immédiatement engouffrée dans la brèche pour dénoncer ces contradictions au sommet de l'Etat. "Un Premier ministre qui recadre un président de la République, c'est du jamais vu. On est dans le cafouillage le plus total et ça sent terriblement l'improvisation", a fustigé auprès de LCP la députée UMP des Yvelines, Valérie Pécresse, pour qui "le gouvernement n'a pas trouvé la touche pause".

Les centristes s'en sont aussi donné à coeur joie, le président de l'UDI, Jean-Louis Borloo, s'étonnant dès mardi soir que le Premier ministre "contredise" le chef de l'Etat. Le président du MoDem, François Bayrou, a aussi dénoncé sur France Info un gouvernement "enfermé dans une impasse, enlisé, où aucune promesse n'est respectée".

Ségolène Royal, présidente PS de Poitou-Charentes, est venue à la rescousse du gouvernement. "Ce n'est pas du tout incompatible: il y a un objectif à moyen terme 2015 et la volonté politique est de le réaliser avant", a expliqué l'ancienne candidate à la présidentielle sur Radio Classique-LCI. Selon elle, "il ne faut pas chercher de polémique là où il n'y en a pas".

A. G. avec AFP