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Manifestation contre la loi Travail: Hollande choisi Cazeneuve contre Valls

Alors que la manifestation de jeudi est finalement autorisée, le Premier ministre tente de prouver mercredi l'unité de l'exécutif. Sa volonté d'interdire le rassemblement a pourtant provoqué une scission au sein de la gauche. Ce revirement serait-il un désaveu pour Manuel Valls? Un constat que Matignon se refuse à considérer.

L’exécutif a fait volte-face. Alors que le gouvernement avait annoncé l’interdiction de la manifestation contre la loi Travail jeudi, la mobilisation a été autorisée à la veille du rassemblement, qui suivra un itinéraire réduit, autour de la place de la Bastille. La décision d’interdire la manifestation est attribuée par beaucoup à Manuel Valls, qui n’a jamais caché sa ligne de conduite ferme. Mais depuis l'annonce du revirement, le Premier ministre apparaît en minorité, malgré ses tentatives pour convaincre de l'unité de l'exécutif. 

Dans l'après-midi, il s'est exprimé à l'Assemblée nationale, revenant sur les différentes étapes qui ont conduit à l'autorisation de la manifestation. "Dans un premier temps, les syndicats ont refusé la proposition d’un rassemblement statique. Dans un deuxième temps, les discussions entre les organisateurs et la préfecture de police ont conduit le préfet de police à prendre une décision d’interdiction. Ce matin, le ministre de l’Intérieur a reçu à leur demande les organisateurs, il leur a proposé un trajet alternatif, beaucoup plus resserré, répondant aux exigences du maintien de l’ordre", a exposé le Premier ministre.

"Cette proposition a été enfin acceptée, et c’est la preuve que tout a été fait du côté (....) du président de la République, du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur, ensemble, pour permettre cette expression démocratique", a-t-il estimé. 

Valls et Cazeneuve sur la même ligne ce mercredi

En milieu de journée, Bernard Cazeneuve a pris la parole depuis la Place Beauvau pour expliquer ce revirement. "J’ai demandé personnellement au préfet de police d’interdire la manifestation sur l’itinéraire proposé" (par les organisations syndicales, ndlr), a déclaré le ministre de l’Intérieur. "Les syndicats ont voulu me rencontrer, je les ai réunis, à la demande du Premier ministre et du président de la République", a-t-il ajouté.

Avec cette allocution de Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur a tenté de montrer l'union du gouvernement, alors que plusieurs déclarations à gauche font apparaître une scission autour de la ligne défendue par Manuel Valls. C’est pourtant Manuel Valls qui aurait convaincu mardi soir Bernard Cazeneuve et François Hollande d’interdire cette manifestation selon le parcours proposé par les organisations syndicales. Mais le chef de l'Etat a finalement changé d'avis suivant la ligne proposée par son ministre de l'Intérieur.

Compromis pour l'Intérieur, interdiction pour Matignon

D’après ce qui ressort en effet des discussions avec les différentes parties, et d’après les propositions de la préfecture de police mardi, l’idée de trouver un compromis (une manifestation statique ou courte sur un parcours très balisé), aurait été vue comme plus facile à gérer par le ministre de l’Intérieur, permettant malgré tout un parcours et des manifestants encadrés. 

Du côté de Matignon, c’était plutôt le choix de l’interdiction qui primait, avec la volonté sans doute aussi de montrer qui décide et de trancher. C’est d’ailleurs Manuel Valls qui, le premier, s'était exprimé mercredi matin sur France Inter pour dire qu’il fallait s’attendre à des interdictions.

"Ces manifestations ne peuvent plus durer ainsi. Je demande à la CGT de ne plus organiser ce type de manifestation sur Paris. Au cas par cas, nous prendrons, nous, nos responsabilités", avait-il déclaré au lendemain de la manifestation du 14 juin, émaillée de violences.

Le Foll évacue le cas Valls

La décision d’interdiction lui reviendrait donc, malgré ce qu’en a dit mercredi Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, lors de son point presse.

"Le petit jeu qui consiste à laisser penser qu'il y aurait une décision qui aurait été prise dans l'exécutif par le Premier ministre est une fausse question. Les décisions sont prises de manière collective et la préfecture de police juge de la comptabilité entre ce droit de manifester et les risques encourus", a expliqué Stéphane Le Foll, sans cacher son agacement.

Mais si le ministre de l’Intérieur a cité à plusieurs reprises Manuel Valls dans son discours, cela n’a rien d’un hasard. Ces dernières heures sont-elles un désaveu pour le Premier ministre? En plaidant la fermeté face à un front syndical très uni, il a en tout cas été désavoué par une très large partie de la gauche. Au sein même du parti socialiste, ceux qui sont enclins à soutenir l’action du gouvernement ont pris leurs distances avec cette décision d’interdiction

Pour Matignon, une décision "assumée par tout l'exécutif"

La fronde est venue de tous les partis, et la décision de Manuel Valls ne sera sans doute pas oubliée au sein de la gauche et du Parti socialiste. Les discussions risquent d’être compliquées quand le projet de loi Travail reviendra à l’Assemblée nationale, à la fin du mois de juin.

Contacté par nos soins, Matignon refuse de voir la situation comme un désaveu, soulignant plutôt que c'est l'attitude de fermeté prise hier soir par François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve qui a eu pour conséquence de faire évoluer la position des syndicats. Et d'ajouter que la décision prise hier soir a été "assumée par tout l'exécutif".

C.V. avec Damien Fleurot et Apolline de Malherbe