BFMTV

La délicate question de l'art contemporain au FN

Le controversé "Tree" ou "arbre" de l'artiste McCarthy érigé sur la place Vendôme ne fait pas l'unanimité

Le controversé "Tree" ou "arbre" de l'artiste McCarthy érigé sur la place Vendôme ne fait pas l'unanimité - Bertrand Guay - AFP

De la visite d'élus franciliens à la Fiac de Paris fin octobre aux propos tenus en Paca par Marion Maréchal Le Pen ou Stéphane Ravier, les nouvelles formes d'expressions artistiques n'ont pas la cote au FN, alors que l'électorat est attaché au patrimoine et aux traditions. 

"Vous ne pourrez plus dire qu’on est l’ennemi de la culture." Voilà en substance la réponse faite par le Front national pour justifier sa présence à la Foire international d’art contemporain (Fiac) de Paris. Le pôle culture du parti a été confié à Sébastien Chenu, transfuge de l’UMP et candidat FN aux régionales en Ile-de-France. Il a même été placé à la tête du collectif baptisé Clic – comme collectif Culture, libertés et création.

A cette occasion, un programme local a été présenté, résumé ainsi par France Inter avec L’Obs, vendredi: "La première ambition du FN, c’est de réduire le budget de la culture! Et pas qu’un peu, drastiquement. N’allez pas croire que c’est de bon cœur, c’est un choix 'douloureux', mais le FN a d’autres priorités: l’emploi!"

L'art contemporain honni au FN?

En clair, la visite à la Fiac fut rapide et l'important était d'être présent. En effet, en Ile-de-France mais ailleurs aussi, l’art contemporain, qualifié de "spectacle étrange" par Sébastien Chenu lors de son passage à la Fiac, n’est pas du goût des élus frontistes. Même si à la fondation de Clic, Marine Le Pen assurait attacher "une attention particulière à ce qu'aucun sujet ne soit laissé de côté et la culture n'est pas un domaine que je laisserai à nos détracteurs". 

"Vous n’appréciez pas que vos impôts servent à financer les délires d’esprits manifestement dérangés", argumente pourtant sa nièce Marion Maréchal Le Pen, candidate en Paca aux régionales, rapporte Le Monde qui consacre une large enquête au FN et à la culture dans son magazine M à paraître. Le maire des 13 et 14e arrondissements de Marseille, Stéphane Ravier, grand fan d’ACDC, le groupe de hard rock américain, évoque, lui, un "art dégénéré" comme il raillait "Marseille, capitale européenne de la culture de cannabis" en 2014. Tous au FN avaient dénigré l'oeuvre renommée "plug anal" place Vendôme avant qu'elle ne soit retirée après des dégradations.

"Notre patrimoine et notre identité seront mis en valeur"

Même si elle fait partie de la jeune génération du parti, plus globale et moins portée sur la tradition que ses aînés raconte Le Monde, Marion Maréchal Le Pena dû trancher au niveau local. La jeune députée frontiste résume ainsi son programme culturel: "Nous serons les soutiens d’une culture populaire où notre patrimoine et notre identité seront mis en valeur". Mais déjà, et en attendant les résultats des prochaines régionales en Paca, en Ile-de-France ou dans le Nord, des élus FN ont marqué leur territoire culturel.

Sans revenir à la censure en vigueur dans les bibliothèques des villes FN de 1995, le sénateur-maire de Fréjus David Rachline a par exemple invité un groupe de rock identitaire aux paroles explicites dans sa ville l’été dernier quand le premier édile d’Hayange c’était fait remarquer en repeignant une fontaine offerte à la commune par un artiste.

Et en août dernier, alors que David Rachline voulait obliger les artiste à garder des enfants, ou que Wallerand de Saint-Just voulait baisser le budget de la culture de 35 millions d'euros, la ministre de la Culture Fleur Pellerin était montée au créneau, écrivant sur Twitter: "La culture pour le FN: un coût, une nuisance, une affaire de fainéants". Florian Philippot lui avait alors répondu... en bottant en touche, évoquant des "traités Tafta et Tisa, anti-culture" signés avec le concours du gouvernement.

S.A.