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Appel contre l'islamophobie: Quatennens "ne partage pas" les valeurs de certains signataires

Alors que la marche du 10 novembre, co-initiée par le CCIF, sème le trouble au sein de LFI, son coordinateur a affiché son désaccord avec plusieurs passages de la tribune pourtant signée par Jean-Luc Mélenchon.

Les leaders de La France insoumise se sont-ils pris les pieds dans le tapis en signant l'appel à manifester contre l'islamophobie le 10 novembre? Invité de BFMTV et RMC ce mercredi matin, Adrien Quatennens, coordinateur du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, a tenté d'expliquer pourquoi ce dernier se rendrait à cette marche co-initiée par le très contesté Comité contre l'islamophobie en France (CCIF). Et, surtout, pourquoi LFI s'associait ainsi à un texte qui va jusqu'à dénoncer l'existence, en France, de "lois liberticides" visant spécifiquement les musulmans. 

Qualifiant de "petite polémique" le trouble suscité par cette tribune, publiée dans Libération, Adrien Quatennens a tout de même concédé qu'elle ne constituait pas une "panacée". 

"Si La France insoumise avait eu à rédiger le texte, (...) il est clair que le texte n'aurait pas été le même. Si je considère le détail dans ce texte, quand on parle de 'lois liberticides', je ne sais pas de quoi on parle. (...) Ni la loi de 1905 s'agissant de la laïcité, ni la loi de 2004 concernant les signes religieux à l'école, ni même celle de 2010 sur le fait de ne pas pouvoir être entièrement le visage couvert dans la rue, ne me paraissent liberticides", a énuméré le député LFI du Nord.

Annonçant qu'il serait "tenu à distance" de la marche du 10 novembre "pour des raisons personnelles", Adrien Quatennens a déclaré qu'il s'y serait "sûrement" rendu s'il en avait eu la possibilité.

"Une stigmatisation" des musulmans

Pourtant, s'il fustige ceux qui "dévoient" la laïcité pour "stigmatiser en particulier" les musulmans, le numéro deux de LFI rappelé combien Jean-Luc Mélenchon et son mouvement n'étaient pas des adeptes du terme "islamophobie": coupable selon eux (et bien d'autres) de proscrire "toute capacité à critiquer les religions", dont l'islam. 

Le coordinateur de LFI estime néanmoins que le mot recouvre bien, pour de nombreux Français, "la haine contre les personnes de confession musulmane". Et de poursuivre:

"Plus que le texte, en l'occurrence, ce qui a compté, c'est le contexte. (...) Les fondamentaux républicains, universalistes et laïques de La France insoumise (...) ne peuvent pas être mis en doute."

Dénonçant "l'humiliation" infligée selon lui par Julien Odoul, conseiller régional Rassemblement national de Bourgogne-Franche-Comté, à une accompagnatrice scolaire voilée le 11 octobre, Adrien Quatennens a par ailleurs évoqué la récente attaque visant la mosquée de Bayonne. 

"Oui ou non y a-t-il, dans notre pays, une stigmatisation des personnes de confession musulmane? Je crois qu'il est raisonnable de dire que c'est le cas et que ça n'est pas acceptable."

"Cet appel a circulé un peu drôlement"

Ces propos traduisent la ligne de crête que parcourt le mouvement de Jean-Luc Mélenchon depuis sa fondation. Un débat quasi permanent, et qui trouve parfois son acmé par le truchement de personnalités telles que, d'un côté Danièle Obono, de l'autre Djordje Kuzmanovic, la première ayant un temps été proche de la mouvance indigéniste, le second - exclu du mouvement en 2018 - revendiquant une position laïque très stricte.

Certains, après avoir vu la signature de Jean-Luc Mélenchon en bas de la tribune de Libération, ont accusé celui-ci de pencher désormais en faveur d'un modèle à l'anglo-saxonne. "Je suis assez sûr des fondamentaux de La France insoumise pour ne pas faire de la signature de ce texte un enjeu", a défendu Adrien Quatennens, qui lui-même exprime régulièrement son attachement à la laïcité.

Mais pourquoi alors l'avoir signé? À l'instar de son camarade Alexis Corbière lundi sur Public Sénat, le député du Nord s'est dit persuadé, initialement, que la marche avait été initiée par La Ligue des droits de l'Homme (LDH). Et de citer d'autres signataires, issus du Parti communiste, d'Europe Écologie-Les Verts ou de la CGT. Le Parti socialiste, lui, s'est désolidarisé de la marche du 10 novembre.

"C'est clair que (...) cet appel a circulé parfois un peu drôlement, et je vais (...) le dire très franchement, dans la liste des signataires, il y a des gens avec qui je ne partage pas la plupart des valeurs", a reconnu Adrien Quatennens, avant d'ajouter qu'il n'avait pas eu connaissance, en amont, de la liste des signataires.
Jules Pecnard