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EDITO - Loi Travail: " il n'y a pas de quoi faire descendre la France dans la rue"

Le baromètre des éditorialistes

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Le gouvernement a présenté jeudi les cinq ordonnances qui réforment le code du travail, entraînant des réactions enthousiastes du côté des patrons, et plus contrastées du côté des syndicats.

Réactions mitigées à l'annonce des ordonnances réformant le code du travail. D'un côté, les organisations patronales ont salué l'initiative du gouvernement. "Cette réforme par ordonnances est une première étape dans la construction d'un droit du travail en phase avec les réalités quotidiennes des entreprises", a déclaré le président du Medef Pierre Gattaz. Le texte proposé par le gouvernement devrait selon lui "retrouver de la confiance qui permettra de retrouver de la croissance qui permettra de retrouver de l’investissement et, in fine, de l’emploi".

De leur côté, les syndicats ont accueilli l'annonce avec plus de retenue. Pour Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, ces ordonnances sont contestables. "Toutes les craintes que nous avions sont confirmées et la crainte supplémentaire c'est évident et c'est écrit: c'est la fin du contrat de travail", a-t-il déclaré. La CGT avait par ailleurs appelé les Français à manifester contre ces réformes le 12 septembre avant même que celles-ci ne soient annoncées.

Christophe Barbier
Christophe Barbier © BFMTV

> Christophe Barbier: "Les râleries des syndicats sont de circonstance"

"Emmanuel Macron a raison, les Français détestent les réformes. La preuve est faite: même quand on leur propose quelque chose d'assez doux ils sont sceptiques. Mais ils ont tellement souffert de quarante ans de crise, donc on peut les pardonner et les comprendre. Mais on voit bien que concernant les ordonnances, quasiment tout le monde est gagnant, sauf les salariés qui refusent l'accord d'entreprise et qui eux se retrouvent licenciés. Mais c'est la démocratie qui s'impose à l'individu, c'est difficilement contestable.

La CFDT grogne un petit peu pour ne pas apparaître comme un syndicat jaune, c'est-à-dire un syndicat vendu au pouvoir, au patronat. Mais franchement, c'est une râlerie de circonstance. Force Ouvrière a quasiment applaudi cette réforme, mais c'est pour mieux se réserver pour râler sur les réformes suivantes. La CGT a du mal à trouver autre chose que les salariés licenciés pour vraiment mobiliser, parce que concernant les indemnités prud'homales, ou encore la fusion des instances, il n'y a pas de quoi faire descendre la France dans la rue. Donc les râleries des syndicats sont de circonstance et la joie des patrons est rentrée. Ils ont du mal à la cacher mais ils disent quand même en coulisse que s'ils applaudissent, c'est parce qu'ils veulent à tout prix qu'Emmanuel Macron réussisse, puisqu'ils ont peur que le prochain duel présidentiel soit Mélenchon-Le Pen. Donc il faut lire entre les lignes de ces joies et de ces colères.
Le gouvernement a commencé par la flexibilité. Mais il faut arriver tout de suite à la sécurité. Qu'est-ce que la sécurité? C'est de la formation professionnelle qui fait que pendant que je travaille je suis formé, et quand je suis au chômage je suis immédiatement formé à de vrais travaux que je vais retrouver. Ça, c'est la prochaine réforme, et elle est urgente. Emmanuel Macron devrait la présenter avant même que ne passent les ordonnances en conseil des ministres. Et puis la sécurité c'est aussi le logement, c'est aussi une assurance chômage revisitée. Le fait de toucher des indemnités chômage après avoir démissionné parce que je suis malheureux dans mon travail, c'est de la sécurité. On veut voir un septembre sécuritaire, si j'ose dire."

> Camille Langlade: "On peut dire que c'est un pari réussi"

"Le gouvernement a réussi un pari de communication, de pédagogie et de méthode, car on ne voit pas d'opposition très franche ou très radicale contre cette loi travail. Même Jean-Claude Mailly (secrétaire général de Force ouvrière) estime qu'il y a des avancées dans ce texte. Le leader de la CFDT Laurent Berger qui lui aussi s'est dit particulièrement déçu après les ordonnances reconnaît certaines avancées. Et pour l'instant le seul front qui semble se dessiner est celui de la CGT et de SUD le 12 septembre, mais qui ne fera pas faire l'unanimité. Il y a aussi l'opposition politique, et on verra comment celle-ci prend. Mais l'Assemblée n'a pas encore repris, donc il n'y a pas cette caisse de résonance de l'hémicycle pour entendre les Insoumis par exemple ou le Front National, qui n'a pas encore fait sa rentrée et qui est particulièrement silencieux. Donc pour l'instant on peut dire que c'est un pari réussi, mais ensuite le diable se niche dans le détail en ce qui concerne le code du travail. Il suffit d'une phrase en trop, d'un adjectif qui pourrait hérisser les uns ou les autres pour que l'étincelle crée un incendie. C'est ce qu'il s'était passé pour la loi El Khomri. Pour l'instant on sent aussi une grande prudence des syndicats qui demandent encore du temps pour expliquer et étudier ce texte dans le détail. Donc pour l'instant pari réussi très clairement, mais attention au mois de septembre".

Céline Penicaud