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"Ecoute" et "humilité": face aux critiques, l'exécutif change de ton

Le ministre de l'Intérieur estime que la baisse dans les sondages d'Emmanuel Macron peut s'expliquer par un manque d'écoute des revendications des Français. En déplacement au Luxembourg, le président de la République reconnait qu'"il faut toujours écouter nos concitoyens".

Emmanuel Macron et son gouvernement font amende honorable. A les écouter, ils ont compris les raisons de leur baisse dans les sondages, la popularité du chef de l'Etat étant même au plus bas depuis son élection en ce début septembre. Proche parmi les proches, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a reconnu ce jeudi sur BFMTV que le président de la République et le gouvernement n'avait peut-être pas pris assez le pouls de l'opinion pour mener leurs réformes. 

La forte baisse du chef de l'Etat dans les sondages "demande interrogation de notre part", a estimé Gérard Collomb, ajoutant toutefois que "les réformes sont au départ toujours un peu impopulaires". Mais "peut-être, les uns ou les autres, nous avons manqué d'humilité", a-t-il affirmé. 

S'appuyant sur son passé de professeur de grec, le ministre de l'Intérieur reconnait qu'il faut "plus d'écoute des Français" de la part de l'exécutif. "Il faut toujours regarder ce que pense la base. Il faut que tous les ministres gardent leurs racines, de manière à pouvoir entendre ce que disent les gens, parce que vite, dans les palais de la République, on perd la capacité de lien et d'écoute avec la population".

"Ecoute" et "humilité", des mots également employés cette semaine par le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin sur BFMTV ou encore par le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux mercredi. Changement de stratégie aussi puisque chaque jour ou presque Emmanuel Macron et son gouvernement apparaissent au travail et en public, sans toutefois répondre aux questions des journalistes. 

"Ecouter ce n’est pas céder à l’esprit du temps"

Qualifié de président "jupitérien", Emmanuel Macron a répondu à son ministre de l'Intérieur. Et appuyé ses propos, sauf sur les sondages. "On doit toujours écouter, on doit toujours être à l’écoute de nos concitoyens, a rétorqué le président de la République. Et je ne suis pas sûr que ce soit cela qui explique des sondages que je me suis toujours refusé de commenter. Moi je crois en l’écoute et le doute sains." Le chef de l'Etat pense avoir eu l'oreille attentive aux craintes des Français quant à la mise en place du prélèvement à la source.

"Lorsqu’on est à l’orée de prendre une décision, il faut toujours écouter nos concitoyens, insiste-t-il. Le ministre de l’intérieur a raison. C’est pour cela que j’ai voulu mettre à plat l’ensemble des dispositifs techniques qui m’étaient présentés et que j’ai confirmé que nous mènerions une réforme que jusque-là tous mes prédécesseurs s’étaient engagés à mener en acte, parfois pris le principe pour leur successeur en acte."

"Des réformes importantes"

Emmanuel Macron estime que les couacs de la semaine passée autour de cette transformation fiscale étaient seulement la conséquence de l'attention qu'il a porté aux "craintes" des Français "qui allaient perdre de l’argent dans les premiers mois de l’année 2019". Si dans ce cas, "on gagne toujours à écouter, à prendre garde", Emmanuel Macron est ferme sur les réformes à venir et notamment celle sur les retraites, qui seront menées à terme malgré les réticences de l'opinion.

"Cette considération pour nos concitoyens, pour leurs inquiétudes légitimes ne doit en rien entraver le coeur du mandat qui m'a été donné par les Français qui est de transformer en profondeur la France. Et qui est de mener des réformes importantes qui ont plein d’effets. Je pense notamment à la réforme des retraites qui se verront dans 5 ou 10 ans mais qu’on a toujours différé, donc il ne faut pas céder à cela. Et donc écouter ce n’est pas céder à l’esprit du temps."

J.C.