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Régionales: "On ne peut être catholique et xénophobe", prévient l'archevêque de Lille

L'archevêque de Lille Laurent Ulrich, le 11 février 2013.

L'archevêque de Lille Laurent Ulrich, le 11 février 2013. - Pierre Verdy - AFP

Interrogé sur le discours du FN à trois jours du premier tour des élections régionales, Mgr Laurent Ulrich, l’archevêque de Lille, met en garde contre "les propos haineux" et "la vindicte agressive". "L’Église ne soutient pas un parti politique. Mais il y a un critère incontournable qui est l’accueil de l’autre", explique-t-il.

"C’est à chaque électeur de se déterminer", explique-t-il d’emblée. Mais interrogé ce jeudi par La Croix sur le discours et le programme du Front national, à trois jours des élections régionales, Mgr Laurent Ulrich, l’archevêque de Lille, met en garde: "On ne peut être catholique, c’est-à-dire universel, et xénophobe".

Dans cet entretien, le quotidien catholique demande à Mgr Ulrich de revenir sur l’initiative du journal La Voix du Nord, qui a pris position lundi contre le parti de Marine Le Pen et la candidature de celle-ci en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, titrant: "Pourquoi une victoire du FN nous inquiète".

"Tout journal (...) doit chercher à éclairer le débat", salue l’archevêque de Lille, qui refuse toutefois de prendre position sur le fond: "Les points évoqués par ce quotidien visent à montrer que les leaders du FN ne sont pas ce qu’ils disent, qu’ils n’ont pas les compétences nécessaires à la gestion de la grande région Nord-Pas-de-Calais-Picardie… Ce sont des points d’analyse politique qui ne relèvent pas de la compétence d’un évêque. C’est à chaque électeur de se déterminer", évacue-t-il.

"On ne peut être catholique et xénophobe"

Mgr Ulrich s'explique également sur sa déclaration du 24 novembre, dans laquelle il affirme que "certes, l’Église catholique ne reconnaît à aucun programme une parfaite adéquation avec son enseignement social, mais (que) tout langage qui exclut l’autre, parce qu’il est autre, n’est pas compatible avec l’enseignement du Christ". 

"Dans ce communiqué, je reprenais à mon compte le discours du 8 novembre à Lourdes de Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France (CEF)", affirme-t-il "qui disait clairement qu’on ne peut être catholique, c’est-à-dire universel, et xénophobe".

"Évidemment, l’Église ne soutient pas un parti politique", rappelle Mgr Ulrich au cours de cet entretien. "Il est clair que tous les partis ont des progrès à faire sur tous ces critères. d’ailleurs aucun ne peut dire qu’il capte tout l’Évangile dans son programme. Mais il y a un critère incontournable qui est l’accueil de l’autre", observe-t-il.

"Propos haineux", "vindicte agressive"

Appelé à se prononcer plus spécifiquement sur la compatibilité du discours du FN avec les valeurs de l’Évangile, Mgr Ulrich questionne:

"Est-ce que les valeurs chrétiennes que le FN prétend défendre sont toujours les mêmes, selon les interlocuteurs auxquels il s’adresse? Ce qui est sûr c’est que les propos haineux, la vindicte agressive, la disqualification des adversaires ne sont pas compatibles avec l’Évangile".

"Pas plus que le fait de laisser croire qu’on peut résoudre tous les problèmes d’une région à partir d’un seul point d’analyse: le rejet de ceux qui viennent d’ailleurs”, ajoute-t-il.

L'archevêque de Lille rappelle les valeurs de l’Église catholique, dont le rôle est selon lui "d’instruire les consciences, de donner des repères pour l’analyse politique": "Le souci des humbles, le respect de la vie et la dignité de la personne humaine, les politiques sociales et familiales et l’éducation des jeunes, le dialogue avec tous les courants de pensée, la paix en Europe, le refus de la violence verbale"… "Autant de critères essentiels pour le bien commun", fait-il valoir.

V.R.