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Derrière les affaires, c’est le retour du "Tout-sauf-Sarkozy"

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La semaine a été marquée par les suites de la mise en cause de JF Copé sur des soupçons de favoritisme et l’affaire des enregistrements de P. Buisson. Vous y voyez une dominante très politique.

« TSS », c’était le slogan des adversaires de Nicolas Sarkozy à droite avant 2007 – des rivaux d’accord sur un seul point : la nécessité de lui barrer la route de l’Elysée. Maintenant que la perspective de son retour se précise, c’est une adversité comparable qui se manifeste – ces affaires n’arrivent pas au même moment par hasard. Copé, Buisson ou les perquisitions chez l’avocat de Nicolas Sarkozy : voilà des affaires différentes mais avec un déclencheur commun – la certitude que Nicolas Sarkozy se prépare. Ceux qui n’ont pas envie de l’attendre cherchent plutôt à… l’atteindre. C’est ce qu’on appelle un tir de barrage.

Nicolas Sarkozy a saisi la justice pour empêcher la publication des enregistrements réalisés par Patrick Buisson. Est-ce une affaire qui peut réellement le menacer ?

Elle lui fait déjà du tort. Un homme d’Etat doit savoir choisir ses conseillers ; celui-là sentait déjà le souffre, il manquait en plus de délicatesse – de décence, même. Cela dit, N. Sarkozy a dû être soulagé : ce qu’on entend est très en-deçà de ce qu’il peut dire en privé (voire en public) – c’est le Watergate du pauvre. Après le soulagement, il y a de l’inquiétude : il y aurait des centaines d’heures de bandes ; elles peuvent contenir bien pire (on se demande d’ailleurs comment et par qui a été faite la sélection). En attendant, c’est une mécanique perverse : N. Sarkozy est objectivement la victime mais le soupçon se retourne contre lui.

Vous pensez sérieusement qu'il peut y avoir un rapport entre la divulgation de ces enregistrements et l

Il n’y a pas une conjuration mais une conjonction. Ce qui est révélé, c’est le climat de règlement de comptes à l’UMP. A travers ce qui est reproché à Copé, il est clair que le but recherché est de perturber le plan de N. Sarkozy – Copé a promis de tenir l’UMP en l’état d’ici à son retour. Pour Buisson, le coup peut venir aussi bien de ceux qui pensent affaiblir N. Sarkozy que de ceux qui veulent le protéger d’une rechute ultra-droitière. Et il y a ces perquisitions chez l’avocat de N. Sarkozy : le 1er dossier du Procureur national financier (tout juste nommé par F. Hollande). Il serait fondé sur des écoutes dont on ne sait rien mais c’est la preuve que N. Sarkozy, depuis qu’il est un justiciable ordinaire, est traité en suspect extraordinaire…

Tout cela ne risque pas, en tout cas, de redonner aux Français le goût de la politique. Est-ce que cette accumulation d'affaires peut avoir des conséquences sur les municipales ?

Beaucoup d’abjection peut entraîner beaucoup d’abstention. Ça peut aussi alimenter le vote pour les extrêmes, qui se nourrit du dégoût des partis de gouvernement – donc c’est mauvais pour l’UMP et pour le PS. Cela dit, ce mauvais feuilleton n’a rien à voir avec les municipales ; c’est la 1ère manche de la présidentielle de 2017 – un tour préliminaire à coups d’enquêtes préliminaires (et journalistiques). Nous ne sommes pas encore dans le temps du combat, mais dans le temps des complots. Avec ce paradoxe pour N. Sarkozy – à la fois anxiogène et flatteur – qu’il n’est pas au centre du jeu mais qu’il est comme au centre d’une cible.

Hervé Gattegno