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Débat du PS: des candidats divisés sur Macron comme sur le bilan de Hollande

Le plateau du débat

Le plateau du débat - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Ce mercredi soir, les quatre candidats au premier secrétariat du Parti socialiste se sont retrouvés sur le plateau de LCI pour débattre. Leurs échanges ont montré les lignes de partage qui les séparent au sujet du nouveau quinquennat comme de l'ancien.

Olivier Faure, Luc Carvounas, Emmanuel Maurel et Stéphane Le Foll, les quatre candidats à la direction du Parti socialiste, étaient ce mercredi soir sur le plateau de LCI pour débattre ensemble. Leur rapport au quinquennat passé de François Hollande a montré leurs divisions. 

Un bilan de Hollande où "tout n'est pas à jeter"

Luc Carvounas, député élu dans le Val-de-Marne, a lancé: "On ne peut pas postuler pour être premier secrétaire du Parti socialiste et ne pas réussir à faire ce travail d'inventaire alors que nos militants nous le demandent. Je comprends que le CICE soit quelque chose dont on a du mal à défendre la réalité. La réalité, c’est qu’on a donné 40 milliards aux entreprises sans leur demander de contrepartie." Avant de nuancer, aussitôt: "Mais tout n’est pas à jeter quand même dans le bilan du quinquennat ! Parce que quand on a moins de 9% de chômage, les 2% de croissance, c’est quand même le travail que nous avons fait à quelques-uns derrière Manuel Valls et François Hollande pendant cinq ans."

Le député européen, Emmanuel Maurel, s'en est lui pris à une mesure-phare de l'ère Hollande: la loi El Khomri dont il a dit qu'il souhaitait l'abrogation. Il a évoqué la "gravité" de cette initiative qu'il a décrite comme un "recul inédit du droit du travail français". Stéphane Le Foll, ancien ministre de l'Agriculture et proche de François Hollande, n'a pas mis en avant sa proximité avec l'ex-chef de l'Etat. En revanche, il a immédiatement réagi aux propos de son confrère pour défendre le bilan du gouvernement auquel il a appartenu. "C'est ce qui nous différencie!" s'est-il exclamé. "Dans la loi de Myriam El Khomri, il y avait le compte pénibilité. Alors, si cette loi est la chose la plus grave qu’on ait faite, ça veut dire que le compte pénibilité, qui était une demande de tous les syndicats, en fait partie. Ou alors ne dis pas que c’est la chose la plus grave qui ait été faite", a-t-il également déclaré. 

Quelle opposition pour le PS? 

Mais c'est le successeur de François Hollande, Emmanuel Macron, qui aimanté une grande partie des discussions. Olivier Faure, patron du groupe des députés socialistes à l'Assemblée nationale, interrogé sur des baisses de charges, a rétorqué: "Mais comment a-t-il payé la baisse des charges des salariés ? il l’a payée avec la CSG des retraités. Est-ce que vous pensez sérieux de dire qu’on a des retraités qui ont 1.100 euros par mois et sont des riches alors que ceux qui sont vraiment riches ne le sont jamais assez et qu’il faut leur donner encore cinq milliards par an ?" "Si le nouveau monde, c’est celui qui permet aux précaires d’être plus précaires, à ceux qui sont affamés d’être plus affamés, à ceux qui sont exilés de l’être davantage, alors je n’en suis pas", a-t-il encore dit. 

"Il faut dire à qui nous avons affaire avec Emmanuel Macron : un président des riches qui taxe les retraités, a décidé que les fonctionnaires étaient des fainéants qu’il ne fallait pas revaloriser", a posé Luc Carvounas. 

Stéphane Le Foll, quant à lui, a défendu une position différente. Il veut incarner une opposition "résolue et intelligente": "Résolue, parce qu’il y a des injustices. La CSG aujourd’hui, je le constate quand je vais au marché dans la Sarthe. Je sais ce que ça donne, quand les retraités perdent 15, 20, 30, 60 euros par mois et que pendant ce temps-là on a donné cinq milliards d’euros à 350.000 Français qui n’avaient pas besoin de ça. Il y a là une injustice, donc résolument dans l’opposition", a-t-il développé. "Après, il y a des sujets où on regarde les choses en n’étant pas dans une opposition frontale, systématique qui fait qu’on dans l’opposition pour être dans l’opposition. Il faut être résolu et intelligent", a-t-il ensuite poursuivi. 

Macron, "notre créature" 

Emmanuel Maurel s'est lui montré très tranché sur la question, appelant à une opposition "évidemment frontale" à l'exécutif. "Il s’attaque à nos services publics, à notre modèle social. Et puis, il y a une politique fiscale ! Ceux qui pensaient que Macron serait et de droite et de gauche, ils ont la preuve qu’il est et de droite et de droite", a-t-il dit, avec une référence à une formule de François Mitterrand sur le centre. "Bref, on s’attaque à ce qui fait la singularité de la France, l’égalité", a-t-il fait valoir. 

Et non, selon lui, le président de la République, ancien ministre sous François Hollande, n'a jamais été de gauche. "Je pense qu’il n’a jamais été de gauche, ou alors quand il était lycéen, qu’il faisait du théâtre et que ça l’ouvrait aux autres. Mais ça fait longtemps qu’il n’est pas de gauche." Il a alors mené une forme d'autocritique, en forme de discrète piqûre de rappel à l'ex-membre du gouvernement, Stéphane Le Foll: "On aurait dû s'en douter plutôt que de lui donner toujours des responsabilités de plus en plus importantes. La vérité, c’est qu’Emmanuel Macron c’est aussi notre créature. On lui a fait la courte échelle. On s’en mord les doigts aujourd’hui."

Robin Verner