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Conseil constitutionnel: l'ultime confrontation de Fabius et Jospin

Laurent Fabius et Lionel Jospin ensemble lors de la primaire PS de 2011 qui sacrera François Hollande. Seul le premier était candidat.

Laurent Fabius et Lionel Jospin ensemble lors de la primaire PS de 2011 qui sacrera François Hollande. Seul le premier était candidat. - Bertrand Guay - AFP

La vie politique des deux enfants de Mitterrand a été émaillée de leurs confrontations nombreuses. Laurent Fabius et Lionel Jospin, qui ont tous deux été Premier ministre, briguent l'un et l'autre le siège de Jean-Louis Debré à la présidence du Conseil constitutionnel. En 2016, c'est un autre François, Hollande, qui arbitrera leur dernière opposition.

Après neuf ans à la tête du Conseil constitutionnel où l'avait nommé Jacques Chirac, Jean-Louis Debré va quitter sa fonction de président pour rejoindre vraisemblablement le camp Juppé à quelques mois de la primaire à droite. Il reviendra donc en février à François Hollande de nommer son successeur à la tête des Sages. Mais déjà, un mano a mano entre deux anciens Premier ministre socialistes est engagé: Lionel Jospin, entré rue Montpensier en janvier 2015, contre l'actuel ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Entre les deux hommes, qui se sont rêvés en héritier de François Mitterrand, il s'agit d'un énième combat. Dès les législatives de 1986 jusqu'à la candidature pour la présidentielle de 2007, Laurent Fabius et Lionel Jospin se sont affrontés. Au milieu on trouve aussi plusieurs luttes directes ou indirectes pour le poste de premier secrétaire du PS en 1988 ou lors du houleux congrès de Rennes de 1990.

Les deux seront aussi alliés de circonstances en 2000 quand Lionel Jospin appelle Laurent Fabius dans son gouvernement (Bercy) après trois ans au pouvoir pour le premier et trois années au perchoir de l'Assemblée nationale pour le second. Mais la lutte pour le Conseil constitutionnel en 2016 sera certainement leur dernier combat. 

La première flèche est venue... de Jean-Louis Debré

Dès 2015, c'est Jean-Louis Debré qui allume la première mèche dans le magazine Challenges décrivant Lionel Jospin comme "un homme sérieux, honnête, compétent, et… même digne de siéger à ma place!". Au même moment, la rumeur Fabius - mais aussi celles Ayrault, Sapin ou Taubira -, commence à circuler.

Un an plus tard c'est le patron des députés PS, Bruno Le Roux, qui ravive publiquement les flammes en prédisant un remaniement imminent. Après un départ de Laurent Fabius?

"Je ne sais pas, j'en ai entendu parler. La personnalité qu'il a, la réussite qu'il a, le parcours qu'il a conduiraient à ce que personne ne voie cela comme un problème, un passe-droit ou quelque chose d'anodin, c'est une grande personnalité".

Hasard du calendrier, le même jour, selon le JDD, les collaborateurs de Laurent Fabius se cherchent activement un point de chute.

Retiré de la vie politique depuis la défaite de 2002, sa seconde dans une présidentielle, Lionel Jospin, dont l'implication au Conseil est louée de tous, abattrait, lui, ses dernières cartes. L'ancien Premier ministre tente ainsi, selon RTL, de convaincre Jean-Louis Debré, qui a réveillé l'institution en instaurant notamment la QPC, de faire front commun contre Laurent Fabius.

Fabius choisi par Hollande?

En effet, et alors que l'échéance approche, François Hollande a déjà tranché en faveur de celui qui le surnommait "Fraise des bois", écrit L'Obs. "Pour Fabius, la présidence du Conseil constitutionnel ferait figure de bâton de maréchal, amplement mérité, pour solder une brillante carrière" et le statut de plus jeune locataire de Matignon de la Ve République, analyse L'Obs.

Le chef de la diplomatie française, qui vient de clore par un accord la Cop21, présente aussi l'avantage d'avoir neuf ans de moins que son rival, l'équivalent d'un mandat complet. Lionel Jospin, lui, qui a repris le mandat en cours de Jacques Barrot, sera contraint de laisser son siège dès 2018...