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Comment l'alliance entre Bayrou et Macron peut peser sur la présidentielle

François Bayrou le 25 septembre 2016 à Guidel.

François Bayrou le 25 septembre 2016 à Guidel. - LOIC VENANCE / AFP

L'alliance passée entre le président du MoDem et le candidat d'En Marche! devrait rebattre les cartes de la présidentielle. Pour le moment, elle ajoute surtout de l'incertitude à une campagne de plus en plus imprévisible.

Les pronostics sont relancés. L'alliance conclue mercredi entre François Bayrou et Emmanuel Macron est un événement majeur dans la campagne du candidat d'En Marche!. En termes de symbole, cette figure politique d'expérience peut venir compléter son image d'homme neuf et rassurer une partie de son électorat potentiel. Elle intervient en outre à un moment où les soutiens d'Emmanuel Macron craignaient une érosion de sa popularité, du fait de sa baisse dans les derniers sondages et de ses récentes sorties polémiques. Cet accord devrait changer la donne à gauche comme à droite, mais aucun scénario ne peut être privilégié pour le moment. 

Un atout majeur pour Emmanuel Macron

Comme l'explique François Miquet-Marty, président du cabinet de conseil en opinion Viavoice, interrogé ce jeudi sur BFMTV, ce sont d'abord les "bonus" de ce ralliement qui sautent aux yeux. Un "bonus arithmétique, qu’on lit dans les enquêtes d’opinion. Lorsque François Bayrou soutient Emmanuel Macron, celui-ci gagne 2 points d’intentions de vote", explique-t-il. Et un bonus plus personnel, en lien avec leurs parcours politiques respectifs.

"Ils sont différents mais complémentaires. Leurs électorats ne sont pas les mêmes mais ils sont proches", estime François Miquet-Marty. "L’homme neuf et l’homme d’expérience se complètent".

Yves-Marie Cann, directeur des études politiques de l'institut Elabe, considère lui aussi que cette alliance est importante sur le plan symbolique pour Emmanuel Macron.

"Il prétend au rassemblement le plus large possible, mais pour incarner une alternative réelle, il faut être entouré d'une équipe expérimentée et fiable", fait-il valoir, contacté par BFMTV.com. "François Bayrou est une personnalité appréciée, il peut rassurer un électorat potentiel, alors qu'Emmanuel Macron apparaissait un peu seul", poursuit le sondeur.

  • Mais pour lui, ce ralliement ne suffira peut-être pas, il en faudra d'autres de poids pour asseoir la stature du candidat. "L'apport de François Bayrou, c'est d'abord un soutien dynamisant, qui est toujours le bienvenu, parce que, au centre de l'échiquier politique, les électeurs ont tendance à chercher un candidat qui peut rassembler", fait aussi valoir Emmanuel Rivière, le directeur général de l'institut Kantar Sofres, interrogé par Le Figaro

Une alliance "naturelle"

Au lendemain de l'annonce de ce pacte, beaucoup estiment aussi qu'il est "naturel", et rappellent la porosité entre l'électorat des deux hommes. "Bayrou, lorsqu'il était candidat à la présidentielle en 2007, avait très fortement incarné la promesse de rebattre les cartes de l'échiquier politique. À ce titre-là, Macron est aujourd'hui son héritier", ajoute François Miquet-Marty sur BFMTV.

Une lecture que fait également Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l'Ifop, cité par L'Opinion. "Macron 2017, c'est Bayrou 2007. Avec ce côté attrape-tout (...). Ni droite, ni gauche, c'est François Bayrou qui l'a inventé en 2007", insiste-t-il. Les deux hommes se rejoignent sur des thématiques comme l'Europe notamment, insiste aussi Yves-Marie Cann: Emmanuel Macron avec un axe très fort et le MoDem une position très pro-européenne. 

Un risque potentiel pour Hamon

Mais comme le souligne le sondeur, une certaine porosité existe également entre une partie de l'électorat socialiste et celui du MoDem. Il est donc envisageable que cette alliance affaiblisse Benoît Hamon. En 2012, François Bayrou appelait à voter pour François Hollande et une partie de ses électeurs de 2007 s'étaient en effet reportés sur ce choix. "En 2007, la performance de François Bayrou s'est faite en partie au détriment de Ségolène Royal", rappelle aussi Yves-Marie Cann. 

"Si Benoît Hamon ne progresse pas et ne se 'déscotche' pas rapidement de Mélenchon, cela pourrait maximiser le vote pour Macron, candidat de centre-gauche", ajoute Frédéric Dabi dans L'Opinion.

Pour Yves-Marie Cann, un autre élément pourrait aussi contribuer à pousser des électeurs potentiels de Benoît Hamon vers Emmanuel Macron: si l'accord avec Yannick Jadot, qui avance pas à pas, prenait des allures d'accord d'appareil avec Europe écologie-Les Verts, alors que les écologistes ayant participé au quinquennat de François Hollande l'ont quitté en claquant la porte et sans jamais cacher leur amertume. 

Un risque certain pour LR et le FN

Depuis mercredi, la droite et l'extrême droite n'ont de cesse de renvoyer ce nouveau duo à François Hollande. François Bayrou et Emmanuel Macron sont décrits comme comptables du bilan du quinquennat. Pour Yves-Marie Cann, "ces attaques montrent la prise de conscience, à droite et à l'extrême droite, du danger que représente Emmanuel Macron". Elles visent non pas à gagner de nouveaux électeurs, mais à "ériger une digue" pour conserver les électeurs acquis, et éviter leur fuite.

Dans le camp Fillon, la crainte vise essentiellement les soutiens d'Alain Juppé, avec qui François Bayrou avait prévu de conclure une alliance s'il remportait la primaire. Or François Fillon a besoin des voix des juppéistes.

Un risque aussi pour Macron?

Malgré ses avantages, notamment symboliques, l'alliance conclue avec François Bayrou pourrait aussi se révéler à double tranchant. Elle pourrait dissuader des électeurs potentiels de gauche de voter pour Emmanuel Macron, qu'ils considéreraient alors trop à droite. D'autant que le MoDem a fait toutes les dernières élections avec la droite.

Charlie Vandekerkhove