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Cahuzac a le droit de revenir (à l’Assemblée)… et le devoir de ne pas revenir

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

A en croire ceux qui lui ont parlé ces derniers jours, Jérôme Cahuzac n’exclut pas de faire son retour à l’Assemblée à partir du 20 avril, comme la constitution l’y autorise. Mais dans son intérêt comme dans celui de la politique, il doit se faire oublier.

Qu’il soit bien clair que ce n’est pas un pré-jugement ni une injonction mais une recommandation de bon sens. Jérôme Cahuzac a fait du mal à la politique, au gouvernement, à son parti – et à lui-même, il ne faut pas l’oublier. Il a déclenché un tourbillon que ni ses excuses, ni les réformes annoncées ne peuvent apaiser pour l’instant. S’il revenait à l’Assemblée, où il a menti avec tant d’aplomb, ce serait pris comme une provocation aussi bien par les Français que par les députés, qui lui en veulent énormément. Dans son intérêt comme dans celui de la politique, Jérôme Cahuzac doit se faire oublier.

Certains parlementaires veulent une disposition qui lui interdirait de reprendre son mandat, ou même une loi pour sanctionner le parjure dans l’hémicycle. Est-ce que ce serait une bonne idée ?

C’est une tartufferie monumentale : sans verser dans l’antiparlementarisme, l’Assemblée n’est pas le panthéon de la vérité : si on écartait tous ceux qui y ont menti, on accélèrerait le renouvellement de la vie politique ! Quant à interdire à un élu de revenir siéger avant qu’il ait été condamné à quoi que ce soit, ce serait un précédent dangereux – en tout cas, ça n’inciterait plus personne à avouer… Pour Jérôme Cahuzac, c’est une question d’honneur et non de droit. S’il veut poursuivre ce qu’il a engagé avec ses aveux, il ne doit pas utiliser le texte mais s’incliner devant les principes – et les évidences.

Donc il devrait démissionner de l’Assemblée? Renoncer à toute activité politique?

En tout cas ne plus siéger. Il pourrait simplement renoncer aux séances et toucher son indemnité parlementaire – ça ne serait pas très moral… Alors il a le choix entre démissionner, ce qui provoquerait une partielle très difficile pour le PS dans le Lot-et-Garonne ; ou alors renoncer à la clause qui permet le retour des anciens ministres et laisser le siège à son suppléant. Tout dépend de son envie d’aider les socialistes ou non. Vu la façon dont ils le traitent en ce moment (c’est-à-dire moins bien que Jean-Noël Guérini : il vient d’être exclu sans autre forme de procès), on pourrait comprendre qu’il n’ait pas très envie de leur rendre service…

Vous trouvez que les attaques qui sont portées contre lui sont excessives ?

Il y a beaucoup d’hypocrisie dans l’infamie dont il est l’objet. Ce qu’il a fait est choquant ; mais autant il serait honorable qu’il renonce à être député, autant il est déplacé que Jean-Marc Ayrault lui demande de renoncer à son indemnité (temporaire) d’ancien ministre : il a exercé cette fonction, il y a droit. C’est à la justice de lui infliger une peine. D’ici-là, rien ne justifie l’acharnement – ni qu’on lui fasse porter tous les péchés du monde politique, ni qu’on le traque comme une bête curieuse. Jérôme Cahuzac n’est pas le seul politique à avoir fauté ni le seul à avoir menti. Il ne doit plus siéger sur les bancs de l’Assemblée ; mais il n’y a pas de raison qu’il soit mis au ban de la société.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce vendredi 12 avril.

Hervé Gattegno