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Affaire Baupin: Mediapart publie un courrier du député exigeant le retrait de l'enquête

Mis en cause pour des faits de harcèlement et d'agressions sexuels, Denis Baupin demande le retrait "immédiat" de l'article à l'origine du scandale, dans un courrier reçu ce jeudi par Mediapart. Qui publie en retour la missive et dénonce "un climat d'intimidation" qui aurait commencé bien avant la parution de l'article.

C'est ce qu'on appelle un effet Streisand de toute beauté. Dans un courrier adressé par l'intermédiaire de son avocat, Denis Baupin somme Mediapart de censurer l'enquête fleuve à l'origine de l'affaire qui secoue le monde politique depuis lundi. Une lettre reçue ce jeudi par le pure-player, qui la publie dans son intégralité. Mediapart dénonce aussi le "climat d’intimidation" dans lequel cette "enquête douloureuse" a été menée. 

"Cet article comporte des imputations diffamatoires", écrit Me Emmanuel Pierrat dans son courrier daté du 9 mai, demandant la "suppression immédiate" de ce "reportage litigieux". "Par surcroît, je vous demande de me faire part des mesures que vous entendez prendre pour réparer le préjudice de Monsieur Denis Baupin", ajoute le conseil du député écologiste. 

Une première "injonction de ne rien publier" début avril

Le patron de Mediapart, Edwy Plenel, n'a pas tardé à répondre que cette "sommation totalement attentatoire au droit de la presse" était rejetée:

"Ce courrier sans précédent (…) contredit le souhait du député et de son entourage que la justice fasse son office puisque M. Baupin exige la suppression de l’enquête qui l’a mise en mouvement", écrit-il.

Edwy Plenel précise que le député, invité par la rédaction à apporter ses contradictions aux témoignages le mettant en cause avant la parution de l'article, s’y était "farouchement dérobé". Pire, Denis Baupin avait demandé à Mediapart de s'autocensurer avant même la parution de l'enquête:

"Non seulement l’ex-vice-président de l’Assemblée nationale a ignoré toutes nos demandes d’entretiens et refusé de répondre à toutes nos questions, mais, de plus, il nous a fait parvenir, (…) dès le 8 avril, une injonction de ne rien publier", poursuit Edwy Plenel, qui publie ce courrier également dans son intégralité.

"Un contexte de pression explicite de Denis Baupin"

En outre, Edwy Plenel dénonce les pressions exercées par l'homme politique sur sa rédaction avant la parution de son article:

"C’est donc peu dire que cette enquête douloureuse, tant il fallut de courage aux femmes concernées pour sortir enfin de leur silence, fut menée sous tension, dans un contexte de pression explicite de Denis Baupin, via son avocat", s'insurge Edwy Plenel. Une preuve éclatante, selon lui, du "fardeau oppressant que les victimes ont eu à soulever pour briser l’omerta".

Et de conclure: "Il est inédit qu’un responsable politique exige d’un journal qu’il se censure".

Caroline Piquet