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A Marseille, la primaire de la honte

Retrouvez le parti pris d'Hervé Gattegno tous les jours à 8h25.

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Retour sur la primaire du PS à Marseille. Le second tour opposera la sénatrice Samia Ghali au député Patrick Mennucci. La secrétaire d’Etat Marie-Arlette Carlotti, éliminée, a dénoncé des pratiques clientélistes.

C’est bien plus qu’une pagnolade : un scrutin où tous les candidats sont socialistes et dont le PS sort quand-même perdant, il fallait le faire ! La primaire a un double objectif : elle sert à sélectionner un candidat, mais aussi à donner à ce candidat désigné une légitimité démocratique. Avec le méli-mélo de dimanche et les invectives qui ont suivi, il n’y a pas besoin d’être un grand politologue pour deviner que c’est raté. Quel que soit le vainqueur, on sait déjà qu’il n’aura pas gagné beaucoup de crédit. Il risque même d’avoir perdu du terrain.

Marie-Arlette Carlotti a lancé des accusations et maintenant, elle se tait. Il semble qu'elle ait été rappelée à l'ordre par Jean-Marc Ayrault

C’est le comble de l’hypocrisie : ce qu’a dit Marie-Arlette Carlotti, tout Marseille le sait – c’est pire que du clientélisme. En réalité, il y a toujours des intimidations, du trafic d’influence, des prébendes. La primaire s’est réduite à une bataille de réseaux: chaque candidat a activé ses filières. Le syndicat FO pour l’un, les associations de commerçants pour un autre, les employés du Conseil général pour une autre. On savait depuis l’affaire Guérini que le PS marseillais avait des pratiques délictueuses ; on a vu qu’il était dans un état déliquescent.

Jean-Noël Guérini est toujours président du Conseil général malgré ses mises en examen. Est-ce qu'il a eu une influence sur cette primaire ? Est-ce qu'il soutient Samia Ghali ?

Cela aussi, tout Marseille le sait. Dans cette primaire, il y a les candidats qui dénoncent le système Guérini et ceux qui l’approuvent – ou du moins qui ne le dénoncent pas. Par son positionnement, par ses soutiens comme par ses pratiques, on peut dire que Samia Ghali est la candidate de Jean-Noël Guérini. Le plus consternant, c’est que malgré toutes les alertes, la direction du PS n’ait rien fait pour mettre Guérini hors d’état de nuire – il contrôle toujours les fonds du Conseil général, ce qui en fait l’homme le plus puissant de la ville ! Samia Ghali veut envoyer l’armée dans les quartiers Nord de Marseille pour la sécurité. Peut-être qu’il faudrait l’employer d’abord pour déloger Jean-Noël Guérini…

Est-ce qu'après une telle élection, on peut aller jusqu'à dire que les socialistes ont perdu leurs chances de regagner Marseille ?

La droite peut se réjouir : son bilan est mauvais mais le spectacle donné par le PS est lamentable. L’autre parti qui savoure, c’est le FN. A ceci près que son leader local est si dénué de charisme que malgré les scores de Marine Le Pen, personne ne croit qu’il puisse gagner la mairie. C’est à se demander pourquoi le FN n’investit pas plus sur cette ville où les conditions semblent idéales pour lui (insécurité, chômage, immigration, droite et gauche discréditées). Peut-être que Marine Le Pen se dit qu’elle a tout à perdre à l’épreuve du pouvoir dans une ville où la crise est si forte. A Marseille, le FN aurait peut-être des chances de vaincre ses adversaires, mais aucune chance de vaincre les difficultés.

Hervé Gattegno