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À Fréjus, Le Pen lance sa campagne des municipales en égratignant sans surprise Macron

La présidente du Rassemblement national a prononcé un discours de près de quarante minutes à l'occasion de sa rentrée politique dans le Var.

"Une brise bienfaisante pousse les Français à retrouver les chemins de la patrie." Marine Le Pen a fait sa rentrée politique ce dimanche, à Fréjus. Et la présidente du mouvement d'extrême droite n'a pas tergiversé avant de placer les municipales de 2020 dans sa ligne de mire, faisant du scrutin "un mousqueton supplémentaire sur la paroi qui mène au sommet", l'Élysée.

L'Élysée, qui lui a échappé en 2017 au profit d'Emmanuel Macron, qui "fait sauter tous les repères et, ce faisant, nous fait entrer dans une société que je qualifierai de liquide, une société où plus rien n'est sûr", contrairement au "socle solide et durable" mis en avant par son parti. "Ce qui nous est proposé, c'est une société de l'insécurité généralisée, une société où tout est précaire, éphémère, incertain", a poursuivi la cheffe du RN en visant le chef de l'État.

"Nous voulons vivre en France comme des Français, pour la simple et bonne raison que nous sommes chez nous", a commencé la députée, reprenant l'un des thèmes de prédilection du mouvement cofondé par son père, avant de s'attaquer à l'Europe, qui selon elle serait incapable de protéger cet art de vivre à cause de "l'immigration (qui) pose la question du maintien du mode de vie des Européens".

Répondre aux gilets jaunes par le pouvoir d'achat

"En éliminant LR (aux élections européennes), (les Français) ont montré qu'ils voulaient un projet national", a poursuivi la candidate, s'attardant ensuite sur le mouvement des gilets jaunes, "une crise sociale sans précédent" témoignant d'un "angoisse intériorisée de tout un peuple face à l'avenir".

Pour répondre à cette crise, Marine Le Pen préconise d'agir sur le pouvoir d'achat, avec en vrac: une revalorisation des pensions de retraites, "une tarification écologique et familiale de l'eau" et plus largement "la lutte contre les injustices du quotidien", qui passe également par le combat "contre le sentiment de dépossession et spoliation du patrimoine national" en stoppant "l'inique privatisation des barrages, l'inique privatisation d'ADP", exhortant à "signer la pétition".

"La logique du localisme"

L'élue du Pas-de-Calais a longuement dénoncé la fracture territoriale et la nécessité d'un "rééquilibrage des territoires", dont le remède serait notamment "la relocalisation d'activités", qui "procède de la logique du localisme" que "nous entendons décliner à l'échelon municipal".

Le bon score des écologistes aux élections européennes aurait-il inspiré Marine Le Pen? Le localisme, un concept consistant à "veiller autant que possible à l'approvisionnement des cantines d'écoles en produits locaux", à introduire des clauses écologiques sur les temps de transport pour "accompagner les entreprises locales dans la commande publique", en "favorisant les jardins partagés" et faire en sorte que l'on "puisse vivre et travailler dans sa commune".

Si elle a évoqué la "civilisation écologique" sans expliciter, Marine Le Pen n'en a pour autant pas oublié ses sujets habituels, en s'insurgeant contre la tenue d'un débat sur l'immigration à l'Assemblée nationale "où le RN aura zéro minute de temps de parole", provoquant les huées dans la salle et les "On est chez nous" scandés par ses partisans.

"Unité nationale" plutôt qu'une "union avec la droite"

Alors qu'elle s'exprimait depuis Fréjus, plus importante ville estampillée Rassemblement national, Marine Le Pen a insisté sur le fait que "nos maires ont montré que la gestion par des maires RN, ça fonctionne", appelant enfin toutes les bonnes volontés "qui comme nous ont la patrie au coeur", à s'allier pour les municipales, qu'elles soient de droite, de gauche, ou même de la "société civile".

"Nous entendons beaucoup parler d'union avec la droite, mais nous voulons aller vers la fraternelle ambition de l'union nationale avec un projet d'unité nationale", a conclu la présidente du Rassemblement national. Un message à sa nièce Marion Maréchal, officiellement retraitée de la politique et chantre de l'union des droites?

En attendant, assure Marine Le Pen, le RN "sera demain à l'échelon national comme à l'échelon local, le pôle de force, de concorde et de fraternité, sur lequel le redressement national sera possible".

Clarisse Martin