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Viol présumé au 36 Quai des Orfèvres: "Je me suis dit que j'y serais en sécurité"

Antoine Q. et Nicolas R, lors de leur procès aux Assises de Paris le 14 janvier 2019.

Antoine Q. et Nicolas R, lors de leur procès aux Assises de Paris le 14 janvier 2019. - Benoit PEYRUCQ - AFP

Lors du troisième jour du procès de deux anciens policiers de la BRI, la plaignante a livré aux jurés sa version de la soirée du 22 avril 2014. Un récit, parfois approximatif.

"J'ai décidé de sortir faire la fête, de bien m'habiller. C'était la pire erreur de ma vie". Mercredi, le procès du viol présumé au 36 Quai des orfèvres était consacré à l’audition de la plaignante. Mais la version d’Emily S., qui est revenue en détail sur le déroulement de cette nuit du 22 au 23 avril 2014, où elle dit avoir été violée par deux policiers parisiens, a été fragilisée par plusieurs imprécisions.

Collants résille et talons hauts

La Canadienne, originaire de Toronto, aujourd'hui âgée de 39 ans, longue silhouette et cheveux courts, était en vacances à Paris avec un ami avec lequel elle partageait une chambre d'hôtel. Le 22 avril, cet ami ayant décidé de sortir de son côté, elle choisissait d'aller "faire la fête" dans un pub sur les quais de Seine.

Emily S. a mis un short, des collants résille et opté pour ses chaussures préférées, des talons hauts, a-t-elle décrit en réponse à une question de l'avocate d'un accusé. Dans le pub se trouvaient des policiers du "36" et l'alcool aidant, le contact s'est noué rapidement. "C'était jovial", l'ambiance était au flirt.

"Je l'ai trouvée attirante", déclare Nicolas R. Son co-accusé Antoine Q. parle lui d'une "femme aguichante".

"Je pensais que c'était la bise, comme on la fait ici"

Des témoins et des policiers ont évoqué des baisers échangés. La victime présumée parle, elle, de policiers "insistants". "J'ai tourné la tête" pour éviter les baisers. "Je pensais que c'était la bise, comme on la fait ici", dit la Canadienne.

"On s'est embrassés, caressés au pub", assure Nicolas R., qui reconnaît l'avoir draguée pratiquement dès son arrivée. Alors qu'il l'accompagnait acheter des cigarettes, Antoine Q. affirme qu'elle lui a fait "un smack", puis qu'elle l'a embrassé "avec la langue". Emily S. l'accuse de l'avoir "appuyée contre un mur pour m'embrasser".

Visite nocturne et alcoolisée

Après minuit, Emily S. et les deux policiers, tous très alcoolisés, se sont rendus au "36". "Si je voulais faire visiter le palais de justice, je ne choisirais pas 1 heure du matin", s'est étonné l'avocat général Philippe Courroye.

À qui revient l'initiative? Pour Nicolas R., c'est elle qui a demandé une visite. Mais pour la Canadienne, les policiers ont proposé de lui faire visiter les locaux de la police judiciaire, où ils travaillaient, en lui expliquant qu'il s'agissait d'un lieu célèbre où des films ont été tournés.

"J'étais ivre, je savais que je n'étais pas en mesure de retrouver mon hôtel. Je me suis dit qu'au moins, dans un commissariat, je ne pourrais pas boire à nouveau et que je rentrerais une fois sobre", dit-elle à la cour. "Je me suis dit que j'y serais en sécurité".

Emily S. pensait qu'il y aurait beaucoup de monde dans ce qu'elle appelle un "commissariat". Mais le "36" était quasiment vide.

La voix étranglée par les sanglots

"Tout se passait bien, je regardais des photos. Les policiers m'ont servi un Scotch. Je n'en avais pas vraiment envie, mais j'ai accepté de boire une gorgée par politesse", se souvient-elle, la voix étranglée par les sanglots. Si tout le monde flirtait ce soir là au pub, elle n'avait pas l'intention d'aller plus loin, a-t-elle répété.

Les accusés l'auraient forcée à boire son verre, puis elle se serait retrouvée à genoux. Fellations et pénétrations vaginales se seraient succédées.

"Fermer ce chapitre"

"Pour moi, il y avait trois agresseurs", a-t-elle dit à la cour. Parmi eux, se trouvent selon elle les deux accusés, dont elle a confondu les noms à l'audience. Le dernier n'a pas été identifié. Mais lorsque le président de la cour d’assises cherche à avoir des précisions, la plaignante multiplie les confusions. Elle ne peut identifier la personne qui la force à boire du whisky ni celle qui la force à faire une fellation.

Les accusés reconnaissent une fellation consentie pour l'un et des caresses sexuelles consenties pour l'autre, mais ils nient tout viol. Ces policiers, qui comparaissent libres, encourent 20 ans de réclusion.

Près de cinq ans après les faits, Emily S. ne travaille plus, vit chez ses parents, sort peu.

"Je veux affronter publiquement ces hommes. Je veux qu'ils sachent que ça a eu un impact dans ma vie. Je veux pouvoir fermer ce chapitre et aller de l'avant", a-t-elle déclaré.

L'audience de ce jeudi est, quant à elle, consacrée aux analyses ADN.

Esther Paolini avec AFP