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"Une relation saine et apaisante": ces chiens qui accompagnent les victimes du commissariat au tribunal

Le chien "Lol" accompagne les victimes dans la juridiction de Cahors depuis le printemps 2019.

Le chien "Lol" accompagne les victimes dans la juridiction de Cahors depuis le printemps 2019. - Handi'Chiens

En France, plusieurs juridictions expérimentent le chien d’assistance judiciaire, qui accompagne les victimes tout au long de la procédure. L'animal aide à mettre en confiance, notamment dans les affaires de violences intra-familiales ou sexuelles.

Au tribunal de Cahors, Nevers et bientôt Carcassonne, un invité un peu particulier s'immisce désormais dans les salles d’audience: le chien d’assistance judiciaire. L’animal accompagne les victimes durant toutes les étapes de la procédure, du dépôt de plainte au procès. Mise en confiance, libération de la parole… Le chien se révèle être un compagnon particulièrement utile dans les affaires de violences intra-familiales ou sexuelles.

Aider des victimes de 3 à 90 ans

Pionnière dans le domaine, la juridiction de Cahors (Lot) a été la première à tenter l’expérience dès mars 2019, sous l’impulsion du procureur de la République, Frédéric Almendros. Avec le soutien du barreau local et l’accord des autres magistrats, le tribunal a accueilli un labrador noir baptisé "Lol" pour assister les victimes. L’animal avait au préalable été formé par l’association Handi’Chien durant 18 mois, comme pour l’accompagnement des personnes aveugles, puis six mois supplémentaires liés aux spécificités du domaine judiciaire.

Le "chien thérapeute" a été bien accueilli par l’ensemble des professionnels, bien que la présence d’un animal dans une salle d’audience ne soit "pas forcément naturelle", concède Frédéric Almendros à BFMTV.com. "Lol" intervient dès la première audition du bénéficiaire en gendarmerie, à la demande des enquêteurs, des avocats, ou de l’association France-Victimes. "On n'impose jamais le chien, on le propose", souligne-t-il. Depuis, le labrador a accompagné pas moins de 70 personnes, de 3 à 90 ans.

Le loge du chien d'assistance judiciaire.
Le loge du chien d'assistance judiciaire. © Tribunal de Cahors

La médiation animale a, d’après le magistrat, des effets indéniables pour "absorber le stress des personnes ayant vécu un traumatisme." La présence du chien facilite la parole des femmes battues, des personnes âgées agressées ou encore d’enfants victimes de pédocriminalité. Le procureur se rappelle en particulier d’un procès pour viol, où la victime est restée constamment attachée au chien durant toute son audition:

"La laisse était le seul lien pour ne pas la faire basculer", se souvient-il.

"Un pilier sur lequel les enfants peuvent compter"

Cet accompagnateur à quatre pattes aide les plus vulnérables, les personnes âgées, en situation de handicap, mais surtout les enfants, soutient Jérôme Moreau, porte-parole de la fédération France-Victimes et président de l'association France-Victimes à Nevers. Les mineurs ont été les premiers à bénéficier d’Ouchi, un golden retriever, lors de son arrivée dans la Nièvre en février. Depuis, l’animal a déjà été aux côtés d’une quarantaine de victimes, en grande partie des mineurs:

"Les enfants y voient un protecteur, voire un confident, un pilier sur lequel ils peuvent compter, qui n’est pas un membre à part entière de la procédure", observe-t-il à BFMTV.com. L’animal est là "pour l'enfant qui n’ose pas dire que papa bat maman", poursuit à titre d’illustration Frédéric Almendros.
Ouchi, le chien d'assistance judiciaire à Nevers.
Ouchi, le chien d'assistance judiciaire à Nevers. © France-Victimes

Le chien accompagne également les victimes lors de leur déplacement à l’unité médico-judiciaire, une étape éprouvante de la procédure. "L’apaisement est particulièrement notable dans ces moments difficiles, où sont abordées des questions très sensibles ou bien lors d’examens délicats", note Jérôme Moreau.

"Ce sont des professionnels"

Paradoxalement, le chien apporte de l’humain là où on reproche bien souvent à la machine judiciaire d’en manquer.

"On ne cesse de parler d’innovation technologique pour améliorer l’aide aux victimes, à l’image des bracelets anti-rapprochement. Les chiens d’accompagnement sont aussi un nouveau type d’accompagnement. Ils introduisent une relation saine, apaisante", insiste le porte-parole de France-Victimes.

Loin d’être un gadget, le chien aurait des effets notables sur la physiologie des bénéficiaires: "ce ne sont pas des peluches ou des jouets, ce sont des professionnels. Leur présence donne de véritables résultats médico-légaux", assure Frédéric Almendros, citant notamment la baisse du rythme cardiaque, observé dans diverses études outre-Atlantique.

Une pratique plébiscitée aux États-Unis

Les États-Unis ont, en effet, plus largement recours à ce type d’accompagnement des victimes, avec environ 250 chiens d’assistance proposés dans 35 États. Ils sont notamment utilisés lors de rencontres avec des familles de victimes, par exemple après un attentat. Pour Frédéric Almendros, cela prouve "que l’on peut aller plus loin en France."

Un colloque sur la thématique a justement eu lieu au ministère de la Justice en octobre dernier. Un rapport a été remis en garde des Sceaux en mars concernant les expérimentations locales, dans l’espoir d’étendre le dispositif sur l’ensemble du territoire.

D’après le procureur de Cahors, les chiens d’assistance judiciaire sont désormais également plébiscités par certains avocats de la défense, là aussi pour aider à la libération de la parole. "L’institution judiciaire est une maison qu’il faut parfois savoir secouer", conclut le magistrat.

Esther Paolini Journaliste BFMTV